mardi 15 août 2006
MONSTER
De même que pour Teena Brandon (Boys don't cry), la vie ne rime pas avec bonheur pour Aileen Wuornos si bien que celle-ci tente de mettre fin à ses propres jours. Mais la femme, hétérosexuelle, doit un jour s'arrêter dans un bar lesbien et fait la rencontre de la jeune Selby. Entre les deux personnages féminins se noue une relation amoureuse. L'idée de suicide s'évapore alors de l'esprit d'Aileen mais le malheur s'acharne contre elle et continue de ruiner son existence. La femme connaît une célébrité... peu glorieuse : elle devient la première tueuse en série des Etats-Unis et a suscité l'intérêt de Patty Jenkins, réalisatrice de ce long métrage retraçant sa déchéance.
Des rêves plein la tête, des cauchemars plein la vie
Tenues à la pointe du glamour, grands hôtels de luxe, couvertures de magazines sur papier glacé... Depuis sa plus tendre enfance, Aileen Wuornos est bercée par ces rêves de petites filles restées engluées de longues heures devant la télévision et les publicités véhiculant le rêve américain. Mais le chemin est semé d'une myriade d'embûches. Aileen s'est ou a été attachée à l'idée de devenir une star si bien que la corde a fini par l'étrangler et la mener sur l'échafaud version Amérique contemporaine. Sa vie se situe aux antipodes de la success story. Parti de rien, le personnage de Monster arrive au néant ou
échoit en enfer. Vide ou pandémonium? Le lieu d'arrivée importe peu. La chute s'est bel et bien produite et a laissé de terribles séquelles. Aileen clopine, vagabonde, erre dans des hôtels miteux, lieux de réfuge de l'écume au sourire improbable. Une lueur apparaît : Selby. Cette jeune fille s'avère hélas trop veule pour exhumer sa compagne de la perdition. L'âme d'Aileen est sérieusement ecchymosée tandis que son coeur est si balafré qu'il ne ressemble plus à rien. L'humain s'en est allé pour céder la place à la monstruosité.
Monster and Monsters
La monstruosité ne présente aucune harmonie. Elle a l'allure d'un homme, la démarche d'un macho, le visage effrontée d'une femme, empreint de désillusion et de disgrâce. Elle porte également un prénom, celui d'Aileen. Mais le monstre n'a t-il pas été enfanté par ... des monstres? Car l'être abominable et impécunieux, réduit à faire le commerce de son corps, a été violé par un client féroce et terrifiant. Le nouveau-né peut-il se vanter de son autre ascendant, c'est-à-dire la société américaine, partie comme un lâche, laissant son enfant se livrer à la prostitution, faire face à une clientèle masculine corrompue et encourir tous les dangers de la rue?
La Vérité, rien (d'autre) que la Vérité...
Estampillé based on a true story, Monster se veut l'expression d'une authenticité. Méthodique et appliquée, Patty Jenkins s'est évertuée à effectuer le travail d'un naturaliste afin de plaquer son film sur la vérité. La réalisatrice s'est richement documentée sur Aileen Wuornos. Elle a lu des milliers de lettres que la tueuse en série avait rédigées pendant son incarcération. Elle s'est, par ailleurs, rendue sur les lieux fréquentés par son personnage principal. Paradoxalement, le faux a également été mis à contribution dans cette recherche de la véracité. Mannequin sexy, Charlize Theron s'est métamorphosée de pied en cap par le biais d'une surcharge pondérale et de maintes prothèses. Le résultat est plus qu'ébourrifiant. L'actrice entre parfaitement dans la peau de son personnage à l'instar de Christina Ricci, incarnant avec habileté une jeune fille paumée et bridée par un entourage dévot. Mais le jeu du duo féminin est galvaudé par les intentions de Patty Jenkins, aveuglée par son souci d'authenticité. Celui-ci éradique l'intensité d'une émotion d'autant plus que la voix off, expression de la subjectivité d'Aileen Wuornos, crée trop souvent une redondance avec les séquences... Le long métrage se laisse aller vers un gouffre mais est sauvé in extremis par un dénouement dont la mise en scène est irréprochable. La pusillanime Selby retrouve l'usage de son bras, autrefois fracturé, pour mettre vigoureusement à l'index sa compagne, menant cette dernière dans les couloirs de la mort.
Monster est un long métrage très inégal. Les thèmes abordés y sont riches, les actrices offrent un jeu accompli (Charlize Theron a reçu, en 2004, le Golden Globe, l'Ours d'argent ainsi que l'Oscar de la Meilleure actrice pour son interprétation), mais la quête de véracité est hélas trop asphyxiante et empêche le film de s'envoler vers de hautes sphères. Néanmoins n'oublions pas que Patty Jenkins est néophyte. Monster est son premier film. Il possède certes des carences mais n'est pas exempt d'une mise en scène pourvue de quelques subtilités.
Sortie : avril 2004
Distribution : Charlize Theron, Christina Ricci, Bruce Dern, Scott Wilson, Pruitt Taylor Vince
Réalisation : Patty Jenkins
Scénario : Patty Jenkins
Photographie : Steven Bernstein
Musique : BT
Production : KW Productions, Denver & Delilah Films
Genre : Drame
Durée : 111 minutes


