Rainbowcinema ou le septième art et l'homosexualité

* * * * * * Lumière sur l'homosexualité au cinéma * * * * * * *

mercredi 16 août 2006

LA MAUVAISE EDUCATION (LA MALA EDUCACION)

quatre_coeurs

Affiche_La_Mauvaise_Education1980, un jeune homme, Ignacio, se présente chez Enrique Goded, son ancien camarade de collège devenu réalisateur  et lui soumet le scénario qu'il a écrit à partir de ses souvenirs de jeunesse.
La_Mauvaise_education







La chute d'Adam

Loin d'être limpide à l'instar de son générique de début très brouillé, le film d'Almodovar présente une galerie de personnages masculins polymorphes, emplis de fautes, de secrets et détenteurs de paroles mensongères. Point d'innocence ici-La_Mauvaise_educationbas. Le cinéma du quartier constitue l'endroit où les jeunes élèves se masturbent tout en contemplant la beauté d'une actrice. Le collège dirigé par des hommes d'Eglise devient le témoin de la pédophilie du Père Manolo, humain qui, paré du masque de la vertu tente d'abuser le jeune Ignacio. L'innocence vole en éclats, l'identité de l'être se divise comme le suggère leLa_Mauvaise_education magnifique plan où le sang, linéaire, coule en plein milieu du visage de l'enfant à la voix angélique. L'unité, condition sine qua non de la beauté et de la perfection, n'est plus : les êtres se confondent et se travestissent. Les hommes sont fabulateurs et le monde est labyrinthique comme le dénotent les géniales mises en abyme du film.

Filme-moi

Au coeur de la charpente méticuleusement filandreuse, un fil conducteur : la passion. Enrique aime toujours son amour de jeunesse, Juan est attiré par le réalisateur et Berenguer est fou du frère d'Ignacio. Seul hic et non pas des moindres dans cette quête, l'être désiré échappe toujours à l'amoureux. Venues trop tardives et missives lues trop longtemps après leur rédaction, l'amour file des mains comme une bulle ou s'évapore pour ne laisser que des spectres et des souvenirs doux La_Mauvaise_education_Juan_et_Enriquemais glaciaux. Alors pour donner un peu de chaleur à ces froides
réminiscences, une seule solution : filmer. Berenguer  se laisse emprisonner par une caméra Super 8 et Enrique réalise un long métrage à partir de La Visita, nouvelle d'Ignacio, afin de donner une seconde vie à son passé, à celui des amoureux. Ignacio a donc bel et bien réussi . Malgré les années, le jeune homme homme déchiré par une quête identitaire a survécu à l'érosion des sentiments et demeure toujours présent dansLa_Mauvaise_education le souvenir et le coeur de celui qui fut son premier amour. L'unité est retrouvée et la beauté, veloutée d'une mélancolie, irradie l'être aimant et transparaît dans son oeuvre.


Des rencontres de flamme

Qu'ils se prénomment Ignacio, Juan, Angel ou Zahara, Enrique Goded ou Enrique Serrano, l'histoire aux multiples voix narratives est la même au fond et tourne autour du dénominateur commun qu'est la passion, mot écrit avec des majuscules à la fin du film, véritables lettres de noblesse
incandescentes. Un briquet oublié, un sous-vêtement abandonné chez l'être aimé, un foulard également laissé dans la demeure La_Mauvaise_educationde l'autre... autant d'actes manqués révélateurs du sentiment amoureux et de signes marquant la volonté de graver son empreinte chez l'élu de son coeur. Idem pour la nouvelle d'Ignacio, véritable catalyseur des passions et trait d'union majestueux avec le film réalisé par Enrique, ledit film imbriqué dans celui d'Almodovar, réalisateur capable de nouer de formidables rencontres entre ses personnages et également avec ses spectateurs. Car, finalement, en voyant La Mauvaise Education, on pourra se réapproprier avec bonheur les propos d'un des personnages : A croire que tous ces films parlent de nous !

Personnel sans être pour autant autobiographique, le film d'Almodovar présenté hors compétition a fait l'ouverture du 57ème Festival de Cannes et a entre autres mis sous les projecteurs le talent du génial Gael Garcia Bernal, interprète de Juan, personnage à la subjectivité très complexe.

Sortie: mai 2004
Distribution : Gael Garcia Bernal, Francisco Boira, Javier Camara, Daniel Gimenez Cacho, Lluis Homar Fele Marinez
Réalisation : Pedro Almodovar
Scénario : Pedro Almodovar
Photographie : Jose Luis Alcaine
Musique : Alberto Iglesias
Production : El Deseo
Genre : Drame
Durée : 110 minutes

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mercredi 2 août 2006

TOUT SUR MA MERE (TODO SOBRE MI MADRE)

cinq_petits_coeurs

affiche_tout_sur_ma_m__reManuela vit seule avec son fils Esteban, âgé de dix-sept ans. Celui-ci projette de devenir écrivain. Inspiré du film de Mankiewicz,
All about Eve, Tout sur ma mère est le titre du roman dont il a amorcé l'écriture. Sa mère l'invite au théâtre pour ses dix-huit ans. Tous deux assistent à la représentation d' Un Tramway nommé Désir, pièce dans laquelle joue Huma Rojo. Esteban admire cette actrice et guette, en compagnie de sa mère, sa sortie afin de lui demander un autographe. Mais c'est le drame : un accident de voiture survient et emporte la vie du jeune homme. Manuela quitte alors Madrid afin de se rendre à Barcelone pour retrouver les traces du père d'Esteban. Sur son chemin, elle retrouve un ami, Agrado et fait de multiples rencontres...

Un monde folkloriquetout_sur_ma_m__re_5

Marqué par la mort d'Esteban, l'exorde de Tout sur ma mère s'avère tragique mais la suite se détache de cette triste atmopshère. Manuela demeure évidemment endeuillée mais, au cours de son séjour à Barcelone, la femme pénètre dans un univers folklorique dans lequel elle croise des personnages pour le moins atypiques. Fleurs de macadam, junkies, travelos, transsexuels, lesbiennes droguées peuplent ce monde clairement dénué d'angélisme. Ici, ça tapine les trottoirs ou ça se shoote à l'héroïne, dans les bas-fonds de Barcelone et là, la bonne soeur se fait engrosser par Lola, un travesti, et contracte le virus du sida. Les larmes sont de rigueur mais Almodovar refuse de s'y enliser, préférant dérider les visages via des personnages allants comme Agrado (qui signifie plaisir), prostituée transsexuelle silliconée de pied en cap, affublée d'une tenue aux couleurs criardes et détentrice d'un verbe unique, ultra-folâtre et analeptique. Losers et marginaux ne désemplissent pas dans le film qui conjugue à la fois exubérance, loufoquerie et cohérence, le tout sous la caméra rigoureuse d'Almodovar.


Allô Maman, bobo...

tout_sur_ma_m__re_2Les femmes sont au chevet de cet univers à la ramasse. Etrangère à tout préjugé, Soeur Rosa concentre tout son zèle afin de venir en aide à tous les laissés-pour-compte. Véritable clef de voûte de l'Humanité, la femme et le féminin sont omniprésents pour apporter du réconfort aux êtres en proie à un vague à l'âme ou une humeur peu folichonne. Agrado, travesti au sourire éternel, ne manque pas à l'appel lorsque l'acteur incarnant Stanley Kowalski sur les planches lui demande quelque douceur. Manuela n'est pas en reste. La mère d'Esteban a certes démissionné de son poste d'infirmière mais elle n'en a pas pour autant abandonné sa philanthropie (l'aidant certes à panser ses propres plaies). La maman, attristée par la perte de son fils, prend soin de tout de petit monde : elle alite la bonne soeur enceinte, élève l'enfant de celle-ci baptisé Esteban et porte secours à Huma Rojo, comédienne amoureuse d'une actrice shootée à l'héroïne.


L'homme n'est rien sans la femme

tout_sur_ma_m_re_agradi_et_acteurLes hommes brillent par leur absence. L'acteur qui interprète le rôle de Stanley, personnage bestial, témoigne d'une petite faiblesse et supplie Agrado de le consoler. Ce dernier a quasi abandonné les marques de sa masculinité. Le père d'Esteban n'apparaît qu'à la fin du film, sous l'allure d'un transsexuel et le nom de Lola tandis que celui de Soeur Rosa est un homme sénile atteint de la maladie d'Alzheimer. Les pères sont abonnés aux grands absents dans le drame d'Almodovar comme dans l'existence de Tennesee Williams. Voyageur de commerce, le père de l'écrivain homosexuel était peu présent dans la vie de ce dernier. C'est auprès de sa soeur prénommé Rose (comme l'un des personnages de Tout sur ma mère) que Williams a trouvé amour et réconfort. Seul le sexe faible parvient à distiller courage et affection auprès des uns et des autres. Le cinéaste espagnol le suggère en permanence à travers la référence à Un Tramway nommé Désir, pièce permettant de constituer un parallèle entre Manuela et Stella, protagoniste de Tennessee Williams que l'infirmère a incarnée pendant sa jeunesse. Les deux personnages féminins présentent des similitudes. Toutes deux ont porté en elles un enfant, ont apaisé des tensions et présenté leur épaule pour que des êtres égarés puissent s'y appuyer.


Les Muses d'Almodovar

Le réalisateur de Tout sur ma mère ne rend pas seulement un hommage à Tennessee Williams dans son
tout_sur_ma_m_re_huma long métrage. Il y célèbre également ses Muses à qui il dédie son film : Bette Davis, Gena Rowlands, Romy Schneider, toutes les actrices qui ont interprété des actrices et surtout sa mère, la première de ses génitrices. Car toutes ont été mères du cinéaste puisqu'elles sont à l'origine de sa création et de son génie artistique. La figure maternelle constitue le leitmotiv du drame. Tel un cocon, elle enveloppe les personnages, du début jusqu'à la fin, les accompagne de la naissance à la mort puis de la mort à la renaissance, évoluant dans une structure chiasmique où l'exorde et le dénouement se font magnifiquement écho. Les scènes liminaires se déroulent à l'intérieur d'un hôpital, puis d'un train, dans un climat funeste. Idem pour les dernières minutes sauf que celles-ci sont inscrites sous d'heureux auspices puisqu'elles s'attardent sur le thème de la vie symbolisée par la naissance d'Esteban, le fils de Soeur Rosa. Et la mère est présente, dans le film, in extenso. Malgré les dures épreuves qu'elle a dû surmonter, elle est toujours là, le coeur tendre, les bras affables, prête à embrasser ses chérubins aux yeux rougis par de malheureux événements. La mère est la toute première Muse du poète (Esteban), du scénariste et réalisateur (Almodovar). Elle est la condition sine qua non de la création artistique.

tout_sur_ma_m__re_14Le film d'Almodovar, panégyrique de la figure maternelle, a reçu plusieurs récompenses. Tout sur ma mère a obtenu le Prix du Meilleur Réalisateur et le Prix du Jury lors du Festival de Cannes 1999 ainsi que l'Oscar du Meilleur Film Etranger l'année suivante.


Sortie :
mai 1999
Distribution : Cecilia Roth, Marisa Paredes, Candela Pena, Antonio San Juan, Penelope Cruz, Rosa Maria Sarda
Réalisation : Pedro Almodovar
Scénario : Pedro Almodovar
Photographie : Affonso Beato
Musique : Alberto Iglesias
Production : Claude Berri - Renn Productions / Augustin Almodovar - El Deseo SA / France 2 Cinéma / Canal +
Genre : Drame
Durée : 100 minutes
                              

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