Rainbowcinema ou le septième art et l'homosexualité

* * * * * * Lumière sur l'homosexualité au cinéma * * * * * * *

dimanche 20 août 2006

C.R.A.Z.Y

deux_petit_coeur_et_demi




Affiche_CrazyC.R.A.Z.Y comme Christian, Raymond, Antoine, Zachary et Yvan... Cinq membres de la fratrie Beaulieu avec, au centre, Zac, l'avant-dernier né un 25 décembre 1960 et dont le réalisateur dresse le portrait sur deux décennies en se focalisant sur la relation papounet/fiston... fiston troublé par sa propre orientation sexuelle.


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Ode to my father

Instant liminaire du film, genèse de la vie du divin enfant, Zachary, quatrième mouflet des Beaulieu. Maman est accorte et attentionnée tandis que Papa est un peu rustre comme l'aîné de la fratrie qui traite le marmot pénultième de fifille... Mais l'essentiel est là : Zac est chéri par ses parents. La petite tête ou plutôt mèche blonde de la famille (symbole de l'élu thaumaturge) entretient une relation priviligiée avec son père. Ce dernier se fait le comparse de fiston, prêt à sillonner les routes, la panse emplie d'une petite collation, les cheveux dans le vent et les oreilles bercées par du Aznavour. Enfance rime avec amour et gaieté mais cette phase sombre Crazy_Zac_enfant_voituredans la caducité, se heurtant aux problèmes nés de la difficile acceptation de l'homosexualité de Zac par son père comme le suggère sa chute initiale au milieu des langes. Papa Beaulieu est certes un super compagnon de route pour Zac mais jamais il n'en devient son destinataire bienveillant. Si l'oreille du chef patriarcal cède volontiers à la voix de Patsy Cline, elle refuse d'être à l'écoute du fils, ado égaré dans son orientation sexuelle. Le paternel fait même tout son possible pour que sa petite progéniture se mue en homme, un vrai, un dur, un mâle. De l'enfant bien-aimé, Zachary passe au statut de mouton noir de la famille en raison de son penchant homo, s'éloignant de plus en plus de son père.

A rock'n'roll ode

Affres du doute, découverte d'une sexualité encore trop mal perçue, quête d'un amour paternel enfoui dans un âge d'or, Zachary narre tous les moments de sa vie d'ado mal dans sa peau mettant à nu son intimité avec une incroyable véracité et au rythme de la musique des 70's. Le personnage principal célèbre de Crazytrès belles noces entre ses vicissitudes et les chansons mythiques des Rolling Stones et des Pink Floyd sans oublier celles du cultissime Bowie, chanteur à l'allure androgyne que Zac imite dans sa chambre, lieu reflet de sa subjectivité et décorée par les couleurs irisées du rainbow flag. Mais si le rock accompagne admirablement le cheminement de l'ado, il ne peut édulcorer le rythme pesant de scènes oiseuses comme celles du désert et des fêtes de familles maintes fois itérées dans le film et où Papa Beaulieu remet inlassablement son show musical ultra-mastoc.

Très erratique, C.R.A.Z.Y offre de jolis moments nantis d'une bande originale efficace mais il présente également de longues errances. Même si le miracle a déserté le film, celui-ci vaut le détour de par les confessions et les troubles de Zac à l'égard de son orientation sexuelle si proches d'une réalité quotidienne et pas toujours lumineuse pour les gays et lesbiennes.

Sortie: mai 2006
Distribution : Michel Côté, Marc-André Grondin, Daniel Proulx, Emile Vallée
Réalisation : Jean-Marc Vallée
Scénario : Jean-Marc Vallée, François Boulay
Photographie : Pierre Mignot
Musique : Charles Aznavour, Patsy Cline, David Bowie, Pink Floyd, The Rolling Stones
Production : Cirrus Communications / Crazy Films
Genre : Comédie dramatique
Durée : 129 minutes
                                                   

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samedi 19 août 2006

LE SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN (BROKEBACK MOUNTAIN)

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affiche_de_brokeback_mountain2Ennis projette de se marier avec Alma et recherche un travail afin d'améliorer sa situation financière. Le voilà alors gardien d'un troupeau de moutons à Brokeback Moutain où il fait la connaissance de Jack avec lequel il noue une relation amoureuse. brokeback_mountain_ennis_et_jack_chevauxLe long métrage est inspiré d'une nouvelle (Les Pieds dans la boue), signée Annie Proulx. Les pages noircies par sa plume ont donné lieu à un magnifique drame de l'intolérance réalisé par le cinésate taïwanais Ang Lee.



Sur les hauteurs de Brokeback Mountain

brokeback_mountain_ennis_debout_et_jack_allong_Ennis et Jack sont familiers des chevaux puisque ce sont des cow-boys. Coiffés de leur éternel chapeau et chaussés de leurs mythiques santiags, les deux hommes ne se séparent pas non plus de leur lasso, de leur cigarette et de leur bouteille de whisky. Viriles, les bagarres et les bourrades ne leur sont pas non plus étrangères à l'instar des baisers et des caresses. Car les personnages principaux du film de Ang Lee forment un couple homosexuel, un couple amoureux. Chacun explore réciproquement l'intimité de l'autre, là, sur les hauteurs de Brokeback Mountain, dans un cadre bucolique. L'endroit est isolé mais la terre n'est pas inhospitalière. Affable, elle accueille au contraire une végétation à la verdure flamboyante et aussi deux amoureux. Mais la période de transhumance s'achève. Ennis et Jack doivent quitter la montagne édénique tandis qu'un crépuscule glaçant et comminatoire plane au-dessus de leur tête, prêt à ensevelir leur amour idyllique.

Hiding the tears in my eyes
'Cause cow-boys don't cry

brokeback_mountain_jack_et_sa_femme3brokeback_mountain_ennis_et_sa_femme2Les relations homosexuelles placées sous le signe de la béatitude sont inconcevables dans l'Amérique des sixties et des cow-boys, où les codes, très virils, régissent la conduite des hommes et parfois les étranglent jusqu'à l'étouffement. Alors, comme convenu, Ennis se marie à Alma tandis que de son côté, Jack épouse Lureen dans les règles oppressantes de la bienséance. Les deux ex-gardiens de troupeaux se glissent dans le moule, fondent un foyer seulement les fondations de ce dernier sont chétives, se lézardent et menacent de s'écrouler à tout instant. Les amoureux déchus de Brokeback Moutain sont taraudés à force d'endosser le rôle d'époux hétéro, de chanceler dans leur paternité et de vivre séparés l'un de l'autre.

Far from Brokeback Mountain

brokeback_mountain_ennis_et_jack_pr_s_du_feu1Enlisés dans la tourmente et le secret, Ennis et Jack sont étrangers au monde. Mais n'est-ce pas plutôt l'inverse ? Le monde n'est-il pas étranger aux deux amants interdits, à leur amour homosexuel qu'il amalgame à une infamie ? Exit les invertis dans cette Amérique des années soixante qui lynche lesdits invertis en déployant des moyens d'une haine et d'une férocité hors pair. L'esprit d'Ennis est hanté par le souvenir de ce cadavre homo, voué aux gémonies et dont le sexe a été arraché en guise de châtiment par des hétéros à l'humanité plus qu'improbable. Vision cauchemardesque mais réelle pour Ennis, lequel apparente celle-ci à une potence édifiée pour l'envoyer ad patres au cas où il aurait l'audace de dévoiler son homosexualité au grand jour. L'appréhension est justifiée. De la relation des deux amants interdits ne peut naître qu'un bain de sang comme le préfigure l'image funeste de ce mouton attaqué par un loup. Et face à la folie des détracteurs homophobes, le bonheur ne peut qu'abandonner sur le carreau le couple gay dont la relation laisse un goût d'inachévé à l'instar du caractère elliptique du film grandiose.

Somptueuse histoire d'amour entre deux hommes confrontés aux regards réprobateurs des uns et des autres, dans une contrée des Etats-Unis, sur une montagne sereine, lieu d'exil et d'utopie où des acteurs expriment les émotions authentiques de leur personnage avec une incroyable finesse. Simple mais bouleversant, le film apparente le bonheur des amoureux à un eden fragile comme une bulle et relève dès lors de la dimension mythique et universelle.

Sortie: janvier 2006
D'après la nouvelle d'Annie Proulx(Les Pieds dans la boue)
Distribution : Jake Gyllenhaal, Heath Ledger, Michelle Williams, Anne Hathaway, Anna Faris, Randy Quaid, Linda Cardellini
Réalisation : Ang Lee
Scénario : Larry Mcmurtry, Diana Ossana
Photographie : Rodrigo Prieto
Musique : Gustavo Santaolalla
Production : River Road Entertainment / Focus Features
Genre : Drame
Durée : 134 minutes

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vendredi 18 août 2006

SHE HATE ME

un_et_demi_coeur

affiche_she_hate_me2John Henry "Jack" Armstrong est l'incarnation de l'American Dream. Bardé de diplômes, l'homme occupe un poste de cadre supérieur dans une entreprise de biotechnologie. Seulement voilà, la firme est en difficulté. Derrière le rictus figé du PDG se dissimulent de vilaines magouilles. Mais John, en bon citoyen loyal et bien intentionné, décide de révéler le scandale à la presse. Il s'attaque à un géant, lequel n'entend pas se laisser piétiner. L'entreprise accuse l'homme  d'être l'auteur des malversations financières et le licencie. Le personnage se trouve alors face à des problèmes pécuniers jusqu'au jour où son ex-femme, lesbienne, frappe à sa porte pour lui demander de lui faire un enfant contre une jolie rétribution...
she_hate_me_entreprise_de_john2
A moi les billets verts!

Le générique du début, montrant les fameux billets verts sous toutes leurs coutures, annonce déjà la couleur du propos, véritable lieu commun : l'argent est roi. Suprêmes sont le fric, le flouze et  l'oseille. La société en est décidément goulue. Le film de Spike Lee l'illustre perpétuellement, notamment à travers le scandale dont fait l'objet l'entreprise biotechnologique et qui n'est pas sans rappeler ceux des grandes firmes américaines comme Enron et Worldcom. Des liasses et des liasses du fameux petit dollar pullullent à l'infini dans She Hate me. Chacun ne jure que par le pognon : ici, c'est un cadre qui a tout sacrifié pour grimper dans l'échelle de sa firme et partir à la conquête du dollar ; là, c'est une bande de lesbiennes de luxe qui propose à ce type de l'argent, beaucoup d'argent en échange de ses spermatozoïdes. Ailleurs, un PDG cupide avec les dents acérés d'un requin. Le discours est on ne peut plus clair et la vue du tas d'oseille en devient émétique...

John ou le nombril de la Terre

she_hate_me_femmes___la_porte_d_entr_e1Le film ne s'attarde pas vraiment sur les lesbiennes. Au coeur de She hate me : John, l'incroyable John. Tout converge vers lui. Les intrigues et les personnages focalisent sur the Mâle. Brillant, intelligent, friqué, c'est l'homme de toutes les situations. Comme ses performances sexuelles non-stop, sa musculature est de choc. Certes, une petite baisse de régime le contraint à avaler la pilule bleue qui remet illico presto la sex machine d'aplomb. Et puis ça repart, de plus belle! Pas de doute, l'homme est le personnage principal du long métrage de Spike Lee. Il est aussi envahissant, procréant à tout-va, çà et là. Aucune femelle n'échappe aux spermatozoïdes du cadre, pas même les lesbiennes qui supplient monsieur de les fournir en marchandises et font la queue à sa porte. Le ravitailleur en semence ne s'épuise jamais. Ses stocks sont immenses, gigantesques, colossaux. Seulement, c'est la qualité qui doit primer sur la quantité et non l'inverse...

Une semence ... stérile

Si le foisonnement des spermatozoïdes de John ne cessent de défiler à l'écran, le film, lui, s'essoufle assez rapidement parce qu'il ambitionne d'être à la fois un thriller et une comédie de moeurs. Par ailleurs, la linéarité de l'histoire empêche aussi le long métrage de sortir de sa lourdeur et de son caractère trop prévisible. Le réalisateur s'empêtre dansshe_hate_me_le_trio2 deux intrigues dont les liens sont loins d'être harmonieusement ficelés. Le propos, qui se voulait sans doute avant-gardiste, vire hélas au réactionnaire puisque, dans She hate me, la conception ne peut se faire que dans l'acte sexuel... La phallocratie est bel et bien présente mesdemoiselles les lesbiennes! Et le long métrage de dégénérer en un fantasme éculé d'hétéro masculin où des homosexuelles de luxe sont chevauchées par un étalon noir super puissant... Il semblerait que le couple saphique ne puisse exister ; l'homme parvient toujours à s'y immiscer...

L'histoire d'un cadre licencié, enrichi de billets verts grâce à  son ex-femme, devenue lesbienne et rabatteuse de chair fraîche et féminine...Voilà à quoi se résume She hate me.

Sortie : novembre 2004
Distribution : Anthony Mackie, Kerry Washington, Ellen Barkin, Monica Belluci, Jim Brown, Jamel Debouze, Chiwetel Ejiofor, Woody Harrelson, Lonette Mckee, Paula Jai Parker, John Turturro
Réalisation : Spike Lee
Scénario : Michael Genet, Spike Lee
Photographie : Matthew Libatique
Musique : Terence Blanchard
Production : Spike Lee, Preston Holmes, Fernando Sulichin
Genre : Comédie
Durée : 138 minutes

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mardi 15 août 2006

MONSTER

deux_et_demi

affiche_monster2

De même que  pour Teena Brandon (Boys don't cry), la vie ne rime pas avec bonheur pour Aileen Wuornos si bien que celle-ci tente de mettre fin à ses propres jours. Mais la femme, hétérosexuelle, doit un jour s'arrêter dans un bar lesbien et fait la rencontre de la jeune Selby. Entre les deux personnages féminins se noue une relation amoureuse. L'idée de suicide s'évapore alors de l'esprit d'Aileen mais le malheur s'acharne contre elle et continue de ruiner son existence. La femme connaît une célébrité... peu glorieuse : elle devient la première tueuse en série des Etats-Unis et a suscité l'intérêt de Patty Jenkins, réalisatrice de ce long métrage retraçant sa déchéance.

Des rêves plein la tête, des cauchemars plein la vie                

monster_1Tenues à la pointe du glamour, grands hôtels de luxe, couvertures de magazines sur papier glacé... Depuis sa plus tendre enfance, Aileen Wuornos est bercée par ces rêves de petites filles restées engluées de longues heures devant la télévision et les publicités véhiculant le rêve américain. Mais le chemin est semé d'une myriade d'embûches. Aileen s'est ou a été attachée à l'idée de devenir une star si bien que la corde a fini par l'étrangler et la mener sur l'échafaud version Amérique contemporaine. Sa vie se situe aux antipodes de la success story. Parti de rien, le personnage de Monster arrive au néant ou monster_3échoit en enfer. Vide ou pandémonium? Le lieu d'arrivée importe peu. La chute s'est bel et bien produite et a laissé de terribles séquelles. Aileen clopine, vagabonde, erre dans des hôtels miteux, lieux de réfuge de l'écume au sourire improbable. Une lueur apparaît : Selby. Cette jeune fille s'avère hélas trop veule pour exhumer sa compagne de la perdition. L'âme d'Aileen est sérieusement ecchymosée tandis que son coeur est si balafré qu'il ne ressemble plus à rien. L'humain s'en est allé pour céder la place à la monstruosité.

Monster and Monsters

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monster_71La monstruosité ne présente aucune harmonie. Elle a l'allure d'un homme, la démarche d'un macho, le visage effrontée d'une femme, empreint de désillusion et de disgrâce. Elle porte également un prénom, celui d'Aileen. Mais le monstre n'a t-il pas été enfanté par ... des monstres? Car l'être abominable et impécunieux, réduit à faire le commerce de son corps, a été violé par un client féroce et terrifiant. Le nouveau-né peut-il se vanter de son autre ascendant, c'est-à-dire la société américaine, partie comme un lâche, laissant son enfant se livrer à la prostitution, faire face à une clientèle masculine corrompue et encourir tous les dangers de la rue?

La Vérité, rien (d'autre) que la Vérité...

monster_62Estampillé based on a true story, Monster se veut l'expression d'une authenticité. Méthodique et appliquée, Patty Jenkins s'est évertuée à effectuer le travail  d'un naturaliste afin de plaquer son film sur la vérité. La réalisatrice s'est richement documentée sur Aileen Wuornos. Elle a lu des milliers de lettres que la tueuse en série avait rédigées pendant son incarcération. Elle s'est, par ailleurs, rendue sur les lieux fréquentés par son personnage principal. Paradoxalement, le faux a également été mis à contribution dans cette recherche de la véracité. Mannequin sexy, Charlize Theron s'est métamorphosée de pied en cap par le biais d'une surcharge pondérale et de maintes prothèses. Le résultat est plus qu'ébourrifiant. L'actrice entre parfaitement dans la peau de son personnage à l'instar de Christina Ricci, incarnant avec habileté une jeune fille paumée et bridée par un entourage dévot. Mais le jeu du duo féminin est galvaudé par les intentions de Patty Jenkins, aveuglée par son souci d'authenticité. Celui-ci éradique l'intensité d'une émotion  d'autant plus que la voix off, expression de la subjectivité d'Aileen Wuornos, crée trop souvent une redondance avec les séquences... Le long métrage se laisse aller vers un gouffre mais est sauvé in extremis par un dénouement dont la mise en scène est irréprochable. La pusillanime Selby retrouve l'usage de son bras, autrefois fracturé, pour mettre vigoureusement à l'index sa compagne, menant cette dernière dans les couloirs de la mort.

Monster est un long métrage très inégal. Les thèmes abordés y sont riches, les actrices offrent un jeu accompli (Charlize Theron a reçu, en 2004, le Golden Globe, l'Ours d'argent ainsi que l'Oscar de la Meilleure actrice pour son interprétation), mais la quête de véracité  est hélas trop asphyxiante et empêche le film de s'envoler vers de hautes sphères. Néanmoins n'oublions pas que Patty Jenkins est néophyte. Monster est son premier film. Il possède certes des carences mais n'est pas exempt d'une mise en scène pourvue de quelques subtilités.

Sortie : avril 2004
Distribution : Charlize Theron, Christina Ricci, Bruce Dern, Scott Wilson, Pruitt Taylor Vince
Réalisation : Patty Jenkins
Scénario : Patty Jenkins
Photographie : Steven Bernstein
Musique : BT
Production : KW Productions, Denver & Delilah Films
Genre : Drame
Durée : 111 minutes


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lundi 14 août 2006

FRIDA

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Comme l'annonce le titre, le film de Taymor est un biopic consacré à une artiste peintre mexicaine, Frida Kahlo. Le long métrage retrace la vie de cette femme au talent enfanté par la douleur.


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Un Mexique en effervescence

Des tenues traditionnelles, de la tequila, en passant par les pyramides, Frida présente un pays vivant au rythme d'une révolution à travers une myriade de plans pittoresques. Bien entendu, le rouge y tient une place importante mais la réalisatrice, épaulée entre autres par Rodrigo Prito et Felipe Fernandez del Paso,  ne restreint pas sa palette. Les images du frida_buvant1Mexique sont joliment pigmentées. Taymor témoigne d'une parfaite maîtrise du polychrome, richement accompagné de notes sublimes. A la couleur locale répond la couleur vocale de Chavela Vargas, diva à la voix rauque, magistrale et déchirante. Le thème de la révolution transparaît à travers la présence de Léon Trotski (interprété par Geoffrey Rush) et d'un ensemble de personnages hauts en couleurs, au centre duquel se trouve le couple sulufreux unissant Frida et Diego, célèbre muraliste mexicain. L'artiste féminine et bisexuelle ne s'arrête pas là. Rebelle communiste, engagée dans la lutte pour l'émancipation féminine et pourvue d'un génie hors normes, Frida est à l'oeuvre d'une révolution bousculant politique, sexualité et peinture avec une énergie volcanique. frida_tableau_3_without_hope1


Frida à la jambe de bois et aux mains d'argent

frida_frida_peignantLa douleur physique fait partie intégrante de la vie de Frida puisque celle-ci, enfant, fut atteinte par la poliomyélite, maladie qui lui valut maints surnoms dont Frida l'estropiée et Frida à la jambe de bois. Puis, à l'âge de dix-huit ans, la femme eut un accident de tramway aux lourdes conséquences puisqu'elle en ressortit avec une multitude de fractures ainsi que de nombreuses interventions chirurgicales. Pendant de longs mois, elle fut contrainte de porter divers corsets en plâtre. L'un d'entre eux est orné de papillons dans le film, magnifique détail témoignant frida_tableau_11de la force de tempérament de Frida, mexicaine rétive à l'inertie et chrysalide se métamorphosant en peintre génial. Car de sa souffrance physique, la femme a accouché , tout feu, tout flamme d'un art synonyme de drame poétique de la douleur. Les cicatrices nées de ses fractures mais aussi de ses plaies amoureuses et de l'infidélité de son époux sont transmuées en poésie sur des toiles magistrales.

Les cymaises du septième art

frida_tableau_2_autoportrait1frida_portraitPlus qu'un simple biopic, Frida constitue un chef d'oeuvre à la facture savamment travaillée et témoigne de la virtuosité d'un sens visuel ne se contentant pas d'une esquisse. Le film explore la voie picturale afin de rendre l'émotion à la fois vitale et balafrée siégeant dans le coeur de l'artiste peintre comme le suggère le tableau intitulé Les deux Fridas. L'adaptation cinématographique de la vie de Frida est égale à son personnage central. La technique et le style originaux y sont soignés de même que dans l'oeuvre de l'artiste au tempérament de fougue. L'épisode biographique du bloc opératoire où Frida est menée juste après son accident et celui de l'arrivée du couple de peintres aux Etats-Unis suintent d'une rigueur et d'une méticulosité chirurgicales, couronnées d'un style ingénieux. Salma Hayek, divine, offre une somptueuse composition de son personnage.

Véritable galerie des sentiments humains, Frida est un film où l'on découvre les magnifiques cymaises d'un musée richement empreintes d'un désespoir mêlé à une incroyable force vitale. 

Sortie: avril 2003
Distribution : Salma Hayek, Alfred Molina, Geoffrey Rush, Valeria Golino, Mia Maestro, Ashley Judd, Edward Norton, Antonio Banderas
Réalisation : Julie Taymor
Scénario : Clancy Sigel, Diane Lake, Gregory Nava, Anna Thomas
Photographie : Rodrigo Prieto
Musique : Elliot Goldenthal
Production : Sahra Green, Salma Hayek, Jay Polstein, Lizz Speed 
Genre : Biopic, drame
Durée : 118 minutes

   
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samedi 12 août 2006

LOIN DU PARADIS (FAR FROM HEAVEN)

quatre

affiche_loin_du_paradis2Fin des années cinquante : les Whitaker mènent une vie paisible dans un quartier blanc nanti de la banlieue américaine mais la prospérité ne s'avère hélas pas éternelle. Le long métrage de Todd Haynes met en scène la déliquescence de Cathy, laminée par de rudes événements.loin_du_paradis_63

                                    

       


Au summum de la félicité


Les Whitaker incarne la famille parfaite. A la direction d'une entreprise, Frank l'époux, symbolise la réussite tandis que son épouse Cathy est érigée comme le parangon de la femme au foyer. Les gazettes n'ont de cesse de publier les photographies de madame, ladite madame ayant participé la veille à telle ou telle oeuvre de charité et assisté à quelque soirée mondaine. loin_du_paradis9Le coeur sur la main, l'esprit affable et le visage séraphique, Cathy n'a pas usurpé les écrits dithyrambiques formulés par la presse locale à son égard. Un mari, deux enfants, une demeure cossue, la femme de Frank a atteint les cimes de la prospérité. loin_du_paradis_31Aucune ombre ne vient ternir le tableau de la famille Whitaker qui baigne dans une harmonie suggérée par une parfaite correspondance entre l'apparence physique de Cathy et le décor pourvu de somptueuses images édéniques, pleines de verdure. Mais les arbres du jardin paisible subissent les flétrissures automnales. Les feuilles, autrefois d'un vert vivifiant, affichent à présent des teintes orangées, préludes à une défoliation qui rime avec une déliquescence inéluctable.

Home sweet home ou home sweet ... homo?

Comme le ciel apparaît décidément bien lointain, observé d'ici-bas. Sa vue est entravée par cet amas de feuilles aux nuances orangées. Le bleu aérien s'est désormais incliné face à la couleur du diable. Le jardin a abdiqué et n'est plus ce refuge, ce bouclier préservant la famille du malheur. Pourquoi? Sans doute parce qu'un soir, l'épouse bienveillante a eu la mauvaise idée d'ouvrir la porte du foyer pour aller s'aventurer dans le bureau de son mari affairé afin de lui apporter son dîner. L'intention était certes louable mais les conséquences, funestes. Si Pandore a laissé échapper de la boîte des maux répandus dans le monde, Cathy, elle, a laissé pénétrer par la porte d'entrée des souffrances au sein de son couple. Sa vie conjugale s'étiole dès lors qu'elle apprend que son mari est homosexuel.

Pour vivre heureux, vivons cachés?    

Frank étouffe : il ne peut plus contenir son attirance pour les hommes. Il décide d'abandonner sa famille, divorce et s'installe avec un jeune éphèbe. loin_du_paradis_8Mais nous sommes dans les années cinquante et l'ancien époux de Cathy ne vit évidemment pas au grand jour son homosexualité qu'il s'est efforcé de soigner par un médecin (rappelons que l'OMS n'a retiré celle-ci de la liste des maladies mentales qu'en 1990...). Ce n'était qu'une fois la nuit tombée qu'il fréquentait subrepticement les bars gays, à l'abri des regards et laissant sa femme esseulée mais séduite par Raymond, le nouveau jardinier. Seulement voilà, à l'intérieur de la petite communauté blanche, cet homme noir est considéré comme persona non grata. loin_du_paradis_1Et les langues de vipères se délient lorsqu'il s'affiche en public en compagnie de madame Whitaker. Du statut de la femme modèle, Cathy passe à celui de la brebis galeuse constamment fustigée. La déchéance, seule, se pointe à l'horizon pour le personnage féminin à l'allure éthérée  et dont les ailes se sont déchirées. Puisant dans un dernier souffle la force pour reconstruire une existence heureuse, Cathy propose à Raymond d'étayer leur relation loin de sa communauté rongée par des préjugés à l'encontre des Noirs. Mais le constat est déchirant : il n'y a pas d'Ailleurs...

Le clin d'oeil au Mirage de la vie de Douglas Sirk est patent mais Todd Haynes rend bien plus qu'un hommage au mélodrame des années cinquante à travers son long métrage. Loin du Paradis met en exergue le tableau d'une société étrangère à la différence et à la tolérance avec une élégance toute légère grâce à une mise en scène esthétique et surtout à Julianne Moore, laquelle confère à son personnage taraudé une allure des plus nobles et des plus gracieuses.

Sortie: mars 2003
Distribution : Dennis Quaid, Julianne Moore, Dennis Haysbert, Patricia Clarkson, Viola Davis, James Rebhorn
Réalisation : Todd Haynes
Scénario : Todd Haynes
Photographie : Edward Lachman
Musique : Elmer Bernstein
Production : Killer Films / Clear Blue Sky / Vulcan Productions
Genre : Comédie dramatique
Durée : 107 minutes

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vendredi 11 août 2006

THE HOURS

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the_hours_affiche1929 : Virginia Woolf cogite sur l'écriture de
Mrs Dalloway (dont le titre provisoire était The Hours), chef-d'oeuvre lu deux décennies plus tard, outre-Atlantique, par Laura Brown, épouse modèle bouleversée par la lecture du roman. Puis un demi-siècle plus tard, à l'instar du personnage woolfien, Clarissa Vaughan s'attelle à la préparation d'une réception donnée en l'honneur de son ami Richard, poète récompensé par un prix littéraire. Trois femmes sont au coeur de The Hours, film de Stephen Daldry, adapté d'un roman éponyme de Michael Cunningham qui s'est lui-même inspiré du roman de la femme de lettres britannique. Le drame embrasse trois époques et existences toutes cristallisées autour d'un seul et même roman, Mrs Dalloway.

Se meut dans leur réveil le cadavre spectral   the_hours_virginai
D'un vieil amour ranci, charmant et sépulcral

Les époques diffèrent mais, en dépit des apparences, les vies sont semblables comme le suggère la mise en scène rigoureuse de The Hours, soulignant le parallèle par de multiples actes ou gestes prosaïques et analogues tels qu'un soupir, une coiffure ou encore des fleurs posées méticuleusement dans un vase. Dénominateur commun de ces histoires intimes : un amour perdu. Sombres sont les heures de cette journée pour le trio féminin du film de Daldry. Virginia Woolf est en proie à une dépression. Laura, elle, se sent the_hours_laura_11écrasée par ses rôles d'épouse et de femme au foyer modèles tandis que Clarissa est rongée par des incertitudes concernant sa vie amoureuse et son orientation sexuelle. Les lueurs d'espoirs sont rares, voire absentes, au sein de ces existences torturées dans une société phallocrate et déchirées par une affliction vertigineuse. Les tentatives sont pourtant présentes : les trois femmes cherchent en vain à reconstruire leur amour (par la préparation d'un gâteau d'anniversaire ou celle d'une réception) et pourtant leurs efforts,the_hours_clarrissa2 certes anodins en apparence mais significatifs, sont hélas emprisonnés dans une cruelle inanité.     

Des sirènes noyées dans la rivière en pleurs   

the_hours_virginia_2Enlisée dans la mélancolie, la mise en scène de The Hours est néanmoins empreinte d'une grâce et d'une esthétique métaphoriques, manifestes à travers trois sirènes échouées dans des eaux profondes. L'élégance transparaît tout d'abord dans le tableau préraphaélite, né du pinceau de Millais d'une Ophélie suicidée, soeur jumelle macabre de Virginia Woolf, elle-même engloutie de son propre chef dans l'Ouse, rivière d'un petit village britannique. Puis le tableau réapparaît dans la scène où Laura, enfermée dans une chambre d'hôtel, tente d'abréger sa vie en avalant de médicaments. Cette pulsion sinistre n'effleure pas Clarissa mais la mort séjourne auprès d'elle via le suicide de son ami Richard. Et les larmes de la noyer à son tour. Impossible de continuer de vivre pour l'être aimé. Mieux n'aurait-il pas valu vivre avec ce dernier ? Mais le temps dévore l'existence. Puis l'heure, irrévocable. L'amour a fait naufrage et s'est échoué dans une abîme impénétrable. Des flots ravageurs ont emporté les sirènes mais l'eau, malgré son aspect fangeux, se veut renaissance.

Le poète voyant                                                                                                                                 

the_hours_21the_hours_1L'amour des lettres : tel est le leitmotiv qui fédère les trois femmes. Les mots sont omniprésents dans le film à travers la plume de Virginia Woof et son roman, entre les mains de Laura. Ils font partie intégrante de l'existence de Clarissa puisque celle-ci est éditrice. Les personnages masculins ne sont pas en reste. Léonard tient une librairie. Richard est poète et renouvelle sans cesse la portée des mots pour les transcender. Tout converge vers la littérature dans le drame de Daldry, véritable hommage au livre qui perdure, malgré les longues années qui séparent les êtres. Le poète, posé en martyr, est également mis à l'honneur. Explorateur de contrées splendides mais également ténébreuses et funèbres, l'écrivain est le messager célébrant la vie et l'amour. Clarissa pose ses lèvres sur celles de Sally. Le baiser n'est pas seulement la recherche d'un souffle vital comme le furent ceux de Virginia (avec sa soeur) et de Laura (avec sa voisine) mais il est l'expression d'un amour unissant deux femmes bercées par le chant d'un Eros désormais bienveillant.

the_hours_42the_hours_31Julianne Moore, Nicole Kidman et Meryl Streep excellent dans leur interprétation. Mais les hommes, dont la présence est moindre à l'écran et nulle sur l'affiche, font pâle figure. Ed Harris (Richard) se fourvoie dans le jeu outrancier du malade, affublé de sa robe de chambre, coiffé de son bonnet et complètement amorphe. Mais le drame conserve son intensité grâce, entre autres, à la musique captivante de Philip Glass, en harmonie avec les très belles images métaphoriques du film référencé de  Daldry où la littérature épouse magnifiquement le septième art.

Sortie : mars 2003
D'après le roman de Michael Cunningham, The Hours
Distribution : Nicole Kidman, Meryl Streep, Julianne Moore, Ed Harris, Toni Colette, Claire Danes, Jeff Daniels
Réalisation : Stephen Daldry
Scénario : David Hare
Photographie : Seamus McGarvey
Musique : Philip Glass
Production : Scott Rudin / Robert Fox
Genre : Drame
Durée : 114 minutes

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jeudi 10 août 2006

ECSTASY IN BERLIN - 1926

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ecstasy

Berlin. Les années vingt. Une superbe blonde se shoote. S'ouvre alors à elle un univers de fantasmes érotiques combinant lesbianisme et fétichisme...





L'histoire d'une fessée...

De la beauté, de l'élégance, de l'esthétisme.  Voilà ce qui parvient à se dégager des images en noir et blanc, à la lumière soigneusement travaillée. Le couple de tribades s'adonne aux joies du fétichisme dans le film, in extenso et s'enferme dans un profond silence. Exercice de style, le long métrage de Maria Beatty ne comporte aucun échange verbal. Seule une musique (du jazz) accompagne les ébats des deux lesbiennes.  Les premières minutes paraissent prometteuses : la joue de la belle plante blonde est maculée de son propre rouge à lèvres marquant ainsi le début de ses pérégrinations dans l'érotisme... mais aussi les prémices d'un ennui abyssal.

Je te fouette, tu me fouettes par la barbichette...

Ça se ligote, ça se tripote et ça se lichotte. Ah oui, et puis il y a ces fouets récurrents puisqu'il s'agit d'un film sur le fétichisme mais récurrents puisqu'on finit par en avoir une overdose. Tiens! Vlan! Prends ce coup droit puis ce magnifique revers. Attends ! Tu n'as pas encore vu ma superbe spirale de coups de fouet. Faisons donc lui honneur et regardons. Car il faut bien reconnaître que l'actrice qui tenait le rôle de la dominante a dû bien s'échauffer les poignets pour être au top de sa performance... Flageller, c'est éreintant ; rester assis à regarder ce film, c'est usant. Creux, vide, fade, le long métrage de Maria Beatty se clôt sur lui-même tel un chat qui se mord la queue. Certes, les lesbiennes ne sont pas en reste du fétichisme et manient le fouet avec dextérité. Et puis après? La brune fait tournoyer son accessoire dans les airs, le fait atterrir sur les fesses de sa compagne et plane vers le septième ciel tandis que le film, lui, ne brasse finalement que du vent et ne décolle ... jamais.

Sans doute l'extase pour la brune et  la blonde pulpeuses ainsi que pour la réalisatrice, assurément la vacuité soporeuse pour le spectateur, malheureusement resté étranger à leur trip cinématographique...


Sortie : octobre 2005 (à l'occasion du 11ème Festival de Films Gays et Lesbiens)
Distribution : Sonya Sovereign, Paula Rosengarthen

Réalisation : Maria Beatty
Musique : Nick Holmes
Genre : Erotique
Durée : 45 minutes

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dimanche 6 août 2006

MULHOLLAND DRIVE

cinq

mulholland_driveEn plein milieu de la nuit, une limousine arpente les hauteurs de la cité des Anges. A l'intérieur : deux messieurs et une femme fatale à la chevelure brune et au regard ravageur (Laura Elena Harring). Le voyage semble s'achever prématurément pour la belle, dans la ligne de mire d'une arme à feu quand soudain, une voiture percute de plein fouet la limousine. L'accident fortuit tue les deux hommes mais sauve la femme. Egarée, celle-ci  parvient finalement à trouver refuge à l'intérieur d'une maison nantie, laquelle a été préparée pour accueillir Betty (Naomi Watts), jeune actrice venue s'inscrire dans le sillage des plus grandes étoiles hollywoodiennes. Celle-ci aidera son hôtesse au regard désorienté à combler les vides de sa mémoire, causés par l'accident.      

Hollywood, patrie du dollar et des stars        mulholland_drive_betty

Très suggestif, le titre annonce un voyage dans l'univers hollywoodien, lieu mythique du cinéma par excellence. Strass, paillettes et glamour sont au menu du long métrage lynchéen. Le nom d'Hollywood suffit pleinement à faire rêver, éblouir et fantasmer. Comme il est beau de se laisser hypnotiser par cette myriade d'étoiles concentrées en cet endroit qui, au début du siècle précédent ne fut qu'un modeste village abritant une centaine d'âmes. Le sourire béat et figé, les compagnons de voyage de Betty expriment tout ce que véhicule l'usine à rêves la plus célèbre au monde. Idem pour la jeune actrice fraîchement arrivée et dont les valises sont pleines à craquer de candeur, d'espoir et de rêves de gloire. Le prénom d'adoption de Camilla, emprunté à Rita Hayworth, évoque aussi la fameuse sphère de l'industrie cinématographique.

Mais les fastes hollywoodiens ne constituent qu'une façade. Adam Kesher, réalisateur incarné par Justin Theroux, en a bien conscience car monsieur le cinéaste est sommé de ranger son avis au placard à propos du choix de la distribution de son propre film. Ainsi, si les constellations étincellent surperbement, c'est pour mieux camoufler le mépris de la création et du génie artistiques. Derrière le décor en carton-pâte se cachent de viles altercations et estocades en tout genre. Hollywood est certes une usine à rêves mais elle est avant tout une usine.

De l'autre côté du miroir      

De même que tout ce qui brille n'est pas or, tout ce que l'on voit n'est pas réel. Lynch n'a de cesse de le suggérer à travers son thriller fantastique en jouant avec virtuosité sur la mise en abyme du cinéma. Ce dernier n'est que trompe-l'oeil, imposture et prestidigitation. Trois p'tits tours de passe-passe, des décors plus vrais que vrais, des musiques en play-back, des perruques... Silencio! Que le spectacle commence! L'univers factice et insaisissable du septième art transparaît via l'aspect dédaléen du film. Envoûtant, ce dernier semble drapé d'un voile de mystère qui, jamais, ne devient diaphane. Le long métrage constitue un labyrinthe dont l'issue nous échappe mais c'est d'une main de maître qu'il a été conçu : le désordre y est subtilement organisé.

Lynch met également en exergue le caractère évanescent des êtres à travers son film construit en deux parties, lesquelles présentent les personnages féminins sous leur double aspect. Candeur et innocence s'affichent sur le visage de Betty mais jalousie et noirceur ne demeurent jamais très loin. L'interprétation par Naomi Watts du rôle de Diana, femme tombée dans la déchéance, en est une parfaite illustration.

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Et l'on se laisse attendrir et duper par le regard hagard et éperdu de Rita alias Camilla, beauté aussi ténébreuse que venimeuse. Mulholland Drive souligne le caractère fluctuant des êtres qui toujours nous échappe. mulholland_drive_baiser1

      


The L Hollywood

Mulholland Drive met également en scène une histoire d’amour entre Betty, la jeune actrice accorte et Rita, la beauté amnésique. Qu’en est-il de cette relation ? Sert-elle à illustrer le narcissisme des actrices ? mulholland_drive_rita_et_betty6Sans doute. Toujours est-il qu’elle accentue la dimension ensorcelante du thriller fantastique de Lynch. Dans l’univers hollywoodien gangrené par le profit, les regards des deux parangons de beauté se croisent, les mains s’effleurent et les corps se rencontrent dans une lumière feutrée, à l’image du film mi-opaque, mi-limpide. 

mulholland_drive_regards1Bien qu’il ait démontré l'aspect factice du spectacle en démontant les rouages de ce dernier, la magie et l'intérêt n'en sont pas pour autant déflorés. Le réalisateur parvient à nous charmer avec son film énigmatique et sensuel grâce à la présence de Naomi Watts et de Laura Elena Harring. Les deux actrices créent une atmosphère capiteuse à travers leur relation saphique, majestueusement filmée. Le réalisateur a été auréolé du Prix de la Mise en Scène lors de la 54 ème édition du Festival de Cannes. L’on peut également lui rendre hommage précisément pour avoir réalisé une scène d’amour homosexuelle d’une élégance et d’un érotisme mémorables.


Sortie : novembre 2001
Distribution : Laura Elena Harring, Naomi Watts, Ann Miller, Justin Theroux, Michael J. Anderson, Robert Forster
Réalisation : David Lynch
Scénario : David Lynch
Photographie : Peter Deming
Musique : Angelo Badalamenti
Production : David Lynch
Genre : Drame
Durée : 146 minutes

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samedi 5 août 2006

PARAGRAPHE 175

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affiche_paragraphe_175

Tout le monde connaît à présent le sort effroyable que les nazis ont infligé à des millions de Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale. En revanche, moins nombreux sont ceux qui sont au courant des persécutions dont les homosexuels ont été victimes durant cette même période car ce sujet a longtemps été passé sous silence. Mais Rob Epstein et Jeffrey Friedman, auteurs de Celluloïd Closet ont rompu avec ce mutisme dans Paragraphe 175, excellent documentaire commenté par Rupert Everett et qui rassemble des archives et des témoignages poignants d'homosexuels brisés par l'intolérance hitlérienne.


Berlin, paradis perdu des homosexuels sous le IIIème Reich

paragraphe_175_c3Les survivants Karl Gorath, Pierre Seel, Heinz F., Annette Eick, Albrecht Becker, Gad Beck, Heinz Dörmer, autrefois enfermés dans l'anonymat le plus complet, témoignent de leur vie homosexuelle durant le régime nazi. Ils évoquent tout d'abord le Berlin des années 20, alors considéré comme la capitale des homosexuels. paragraphe_175_a2Les couples gays et lesbiens s'affichent sans crainte dans la ville, à l'intérieur de ses bars, de ses cafés et de ses dancings où règne un climat d'insouciance. Ils se croient à l'abri du danger car, hormis Gad et Annette, tous sont Allemands et puis le dirigeant des SA, Röhm, est lui-même homosexuel et fait partie de l'entourage d'Hitler.

Mais, en 1934, tout bascule. Röhm est assassiné. Sa disparition met un terme à l'insouciance des milieux homosexuels. La répression s'organise. Berlin, le paradis des homosexuels se transforme alors pour eux en capitale de la douleur. En 1935, malgré des mouvements protestaires conduits sous l'égide du sexologue Magnus Hirschfeld, le paragraphe 175 du code pénal (existant depuis 1871) est rigoureusement appliqué. Désormais, c'est avec une fermeté implacable qu'il sanctionne, sous peine d'emprisonnement, les hommes qui s'adonnent entre eux à des actes de débauche contre nature. Les lesbiennes en sont épargnées car le saphisme n'est pas considéré comme une épidémie mais la venue d' Hitler au pouvoir sonne le glas de leur vie sociale et s'avère une épée de Damoclès extrêmement tranchante pour les homosexuels. Créée dès 1933 par la Gestapo, la cellule spéciale destinée à lutter contre l'homosexualité masculine déploie tout son zèle pour arrêter et persécuter tous les hommes soupçonnés d'avoir une préférence pour les êtres du même sexe.

Lumière sur une page noire de l'histoire enfouie dans l'oubli

Rongé par le désir meurtrier d'exécuter le projet décrit dans Mein Kampf, Hitler cherche avant tout à purifier son pays. Il veut se débarrasser de ceux qui ne sont pas des frères de race c'est-à-dire les Juifs principalement. Mais ses desseins ne s'arrêtent pas là. Hitler décide également d'éliminer les homosexuels alors perçus comme une menace pour le sang allemand et comme un groupe d'êtres asociaux. paragraphe_175Le chancelier envoie un certain nombre d'entre eux dans des camps. Déshumanisés, tous les déportés sont contraints à porter un triangle dont le sommet est pointé vers le bas. Rose était la couleur de celui des homosexuels, lesquels occupaient le bas de l'échelle dans la hiérarchie des camps.

Peu d'homosexuels ont connu les chambres de la mort mais parmi les 100 000 qui ont été arrêtés, dix à quinze mille ont été emprisonnés dans des camps où ils étaient plongés dans la douleur et l'opprobre, astreints à des travaux pénibles et victimes de brimades, de tortures, de castrations ainsi que d'expérimentations médicales. Mais, à la différence des Juifs, aucun d'entre eux n'a été jusqu'à présent reconnu comme victime du régime nazi. Pire, tous gardent le statut de criminel que leur a imposé le régime hitlérien... Si de nombreuses personnes ont oublié cette sombre période de l'histoire de la déportation, les témoins de Paragraphe 175, eux, s'en souviennent encore et prennent la parole pour rappeler les faits et les mettre au grand jour après un long silence éloquent.                              

Des  histoires d'amour et des êtres déchirés par le nazisme et l'homophobie   

image_paragraphe1751Condamnés à l'oubli pendant plus d'une cinquantaine d'années, ce n'est pas sans douleur que les survivants s'expriment dans Paragraphe 175. Les témoins, très âgés et apathiques, sont parvenus à trouver le courage et la force pour réveiller les souvenirs lointains et douloureux de leur lourd passé. Mais ce n'est pas tout. Albrecht et les autres font également ressurgir de leur mémoire l'image de leurs amoureux à qui ils consacrent une place importante dans leur témoignage. Car l'amour et la haine nazie sont étroitement entremêlés dans ce documentaire, ce qui lui confère ainsi toute sa force. Albrecht, vieil homme de faible complexion, exulte lorsqu'il évoque son ancien amant au torse glabre. Le sourire s'inscrit sur son visage au moment où il fait allusion à son ami new-yorkais tandis que le visage de Gad Beck s'illumine lorsqu'il se remémore sa première relation amoureuse avec un professeur de sport. Heinz Dörmer n'oublie pas non plus ses anciennes histoires d'amour vécues parmi les scouts, lesquels ont dû céder leur place aux jeunesses hitlériennes venues, selon son expression, avec leurs coups-de-poing américains.

Lors de la seconde partie du documentaire, les survivants deviennent perclus de douleur. Leur visage se ferme et la souffrance se lit dans leur regard quand ils évoquent les fantômes du IIIème Reich. Leur voix tremble lorsqu'ils parlent de la perte de leurs proches et prononcent les noms des camps tristement célèbres : Dachau, Buchenwald, Mathausen, Auschwitz. Paragraphe 175 se clôt sur le témoignage bouleversant de Heinz F, nonagénaire condamné à rester muet dans sa thébaïde comme les autres survivants, car à quel saint se vouer lorsque l'on est homosexuel, vivant de surcroît sous le régime hitlérien?... La souffrance gagne le vieil homme car parler du passé constitue paragraphe_175_b2bien plus qu'une épreuve pour cet homme qui a été emprisonné plus de huit ans dans des camps. Les témoignages de ce documentaire se révèlent d'une extrême violence : l'amour y jouxte en permanence le summum de la haine, l'horreur du IIIème Reich, période où, selon l'expression résolument juste de Malraux, l'homme rivalisa avec l'enfer et donna des leçons au diable.

En 2000, Paragraphe 175 a été récompensé lors du Festival de Berlin où il a obtenu l'Ours d'or du Documentaire. Le Festival du Film Indépendant de Sundance a également bien accueilli le film de Rob Epstein et de Jeffrey Friedman en leur décernant le Prix du Meilleur Réalisateur de Documentaire. Tous deux ont eu le mérite d'extraire de l'oubli une page sombre de l'histoire grâce aux témoignages de quelques survivants qui ont eu le courage de s'exprimer après de très longues années de silence. Malheureusement, le statut de victime du régime nazi ne leur a toujours pas été accordé car, si le IIIème Reich a disparu, l'homophobie est bel et bien présente dans notre société où la dignité des homosexuels est encore trop souvent bafouée.

Sortie : novembre 2001
Réalisation : Rob Epstein et Jeffrey Friedman
Narration : Rupert Everett
Production : FilmFour Ltd., Cinémax, HBO theatrical documentary, Telling pictures, Zero Films
Photographie : Bernd Meiners
Compositeur : Tibor Szemzö
Genre : Documentaire
Durée : 81 minutes
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