Rainbowcinema ou le septième art et l'homosexualité

* * * * * * Lumière sur l'homosexualité au cinéma * * * * * * *

samedi 12 août 2006

LOIN DU PARADIS (FAR FROM HEAVEN)

quatre

affiche_loin_du_paradis2Fin des années cinquante : les Whitaker mènent une vie paisible dans un quartier blanc nanti de la banlieue américaine mais la prospérité ne s'avère hélas pas éternelle. Le long métrage de Todd Haynes met en scène la déliquescence de Cathy, laminée par de rudes événements.loin_du_paradis_63

                                    

       


Au summum de la félicité


Les Whitaker incarne la famille parfaite. A la direction d'une entreprise, Frank l'époux, symbolise la réussite tandis que son épouse Cathy est érigée comme le parangon de la femme au foyer. Les gazettes n'ont de cesse de publier les photographies de madame, ladite madame ayant participé la veille à telle ou telle oeuvre de charité et assisté à quelque soirée mondaine. loin_du_paradis9Le coeur sur la main, l'esprit affable et le visage séraphique, Cathy n'a pas usurpé les écrits dithyrambiques formulés par la presse locale à son égard. Un mari, deux enfants, une demeure cossue, la femme de Frank a atteint les cimes de la prospérité. loin_du_paradis_31Aucune ombre ne vient ternir le tableau de la famille Whitaker qui baigne dans une harmonie suggérée par une parfaite correspondance entre l'apparence physique de Cathy et le décor pourvu de somptueuses images édéniques, pleines de verdure. Mais les arbres du jardin paisible subissent les flétrissures automnales. Les feuilles, autrefois d'un vert vivifiant, affichent à présent des teintes orangées, préludes à une défoliation qui rime avec une déliquescence inéluctable.

Home sweet home ou home sweet ... homo?

Comme le ciel apparaît décidément bien lointain, observé d'ici-bas. Sa vue est entravée par cet amas de feuilles aux nuances orangées. Le bleu aérien s'est désormais incliné face à la couleur du diable. Le jardin a abdiqué et n'est plus ce refuge, ce bouclier préservant la famille du malheur. Pourquoi? Sans doute parce qu'un soir, l'épouse bienveillante a eu la mauvaise idée d'ouvrir la porte du foyer pour aller s'aventurer dans le bureau de son mari affairé afin de lui apporter son dîner. L'intention était certes louable mais les conséquences, funestes. Si Pandore a laissé échapper de la boîte des maux répandus dans le monde, Cathy, elle, a laissé pénétrer par la porte d'entrée des souffrances au sein de son couple. Sa vie conjugale s'étiole dès lors qu'elle apprend que son mari est homosexuel.

Pour vivre heureux, vivons cachés?    

Frank étouffe : il ne peut plus contenir son attirance pour les hommes. Il décide d'abandonner sa famille, divorce et s'installe avec un jeune éphèbe. loin_du_paradis_8Mais nous sommes dans les années cinquante et l'ancien époux de Cathy ne vit évidemment pas au grand jour son homosexualité qu'il s'est efforcé de soigner par un médecin (rappelons que l'OMS n'a retiré celle-ci de la liste des maladies mentales qu'en 1990...). Ce n'était qu'une fois la nuit tombée qu'il fréquentait subrepticement les bars gays, à l'abri des regards et laissant sa femme esseulée mais séduite par Raymond, le nouveau jardinier. Seulement voilà, à l'intérieur de la petite communauté blanche, cet homme noir est considéré comme persona non grata. loin_du_paradis_1Et les langues de vipères se délient lorsqu'il s'affiche en public en compagnie de madame Whitaker. Du statut de la femme modèle, Cathy passe à celui de la brebis galeuse constamment fustigée. La déchéance, seule, se pointe à l'horizon pour le personnage féminin à l'allure éthérée  et dont les ailes se sont déchirées. Puisant dans un dernier souffle la force pour reconstruire une existence heureuse, Cathy propose à Raymond d'étayer leur relation loin de sa communauté rongée par des préjugés à l'encontre des Noirs. Mais le constat est déchirant : il n'y a pas d'Ailleurs...

Le clin d'oeil au Mirage de la vie de Douglas Sirk est patent mais Todd Haynes rend bien plus qu'un hommage au mélodrame des années cinquante à travers son long métrage. Loin du Paradis met en exergue le tableau d'une société étrangère à la différence et à la tolérance avec une élégance toute légère grâce à une mise en scène esthétique et surtout à Julianne Moore, laquelle confère à son personnage taraudé une allure des plus nobles et des plus gracieuses.

Sortie: mars 2003
Distribution : Dennis Quaid, Julianne Moore, Dennis Haysbert, Patricia Clarkson, Viola Davis, James Rebhorn
Réalisation : Todd Haynes
Scénario : Todd Haynes
Photographie : Edward Lachman
Musique : Elmer Bernstein
Production : Killer Films / Clear Blue Sky / Vulcan Productions
Genre : Comédie dramatique
Durée : 107 minutes

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vendredi 11 août 2006

THE HOURS

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the_hours_affiche1929 : Virginia Woolf cogite sur l'écriture de
Mrs Dalloway (dont le titre provisoire était The Hours), chef-d'oeuvre lu deux décennies plus tard, outre-Atlantique, par Laura Brown, épouse modèle bouleversée par la lecture du roman. Puis un demi-siècle plus tard, à l'instar du personnage woolfien, Clarissa Vaughan s'attelle à la préparation d'une réception donnée en l'honneur de son ami Richard, poète récompensé par un prix littéraire. Trois femmes sont au coeur de The Hours, film de Stephen Daldry, adapté d'un roman éponyme de Michael Cunningham qui s'est lui-même inspiré du roman de la femme de lettres britannique. Le drame embrasse trois époques et existences toutes cristallisées autour d'un seul et même roman, Mrs Dalloway.

Se meut dans leur réveil le cadavre spectral   the_hours_virginai
D'un vieil amour ranci, charmant et sépulcral

Les époques diffèrent mais, en dépit des apparences, les vies sont semblables comme le suggère la mise en scène rigoureuse de The Hours, soulignant le parallèle par de multiples actes ou gestes prosaïques et analogues tels qu'un soupir, une coiffure ou encore des fleurs posées méticuleusement dans un vase. Dénominateur commun de ces histoires intimes : un amour perdu. Sombres sont les heures de cette journée pour le trio féminin du film de Daldry. Virginia Woolf est en proie à une dépression. Laura, elle, se sent the_hours_laura_11écrasée par ses rôles d'épouse et de femme au foyer modèles tandis que Clarissa est rongée par des incertitudes concernant sa vie amoureuse et son orientation sexuelle. Les lueurs d'espoirs sont rares, voire absentes, au sein de ces existences torturées dans une société phallocrate et déchirées par une affliction vertigineuse. Les tentatives sont pourtant présentes : les trois femmes cherchent en vain à reconstruire leur amour (par la préparation d'un gâteau d'anniversaire ou celle d'une réception) et pourtant leurs efforts,the_hours_clarrissa2 certes anodins en apparence mais significatifs, sont hélas emprisonnés dans une cruelle inanité.     

Des sirènes noyées dans la rivière en pleurs   

the_hours_virginia_2Enlisée dans la mélancolie, la mise en scène de The Hours est néanmoins empreinte d'une grâce et d'une esthétique métaphoriques, manifestes à travers trois sirènes échouées dans des eaux profondes. L'élégance transparaît tout d'abord dans le tableau préraphaélite, né du pinceau de Millais d'une Ophélie suicidée, soeur jumelle macabre de Virginia Woolf, elle-même engloutie de son propre chef dans l'Ouse, rivière d'un petit village britannique. Puis le tableau réapparaît dans la scène où Laura, enfermée dans une chambre d'hôtel, tente d'abréger sa vie en avalant de médicaments. Cette pulsion sinistre n'effleure pas Clarissa mais la mort séjourne auprès d'elle via le suicide de son ami Richard. Et les larmes de la noyer à son tour. Impossible de continuer de vivre pour l'être aimé. Mieux n'aurait-il pas valu vivre avec ce dernier ? Mais le temps dévore l'existence. Puis l'heure, irrévocable. L'amour a fait naufrage et s'est échoué dans une abîme impénétrable. Des flots ravageurs ont emporté les sirènes mais l'eau, malgré son aspect fangeux, se veut renaissance.

Le poète voyant                                                                                                                                 

the_hours_21the_hours_1L'amour des lettres : tel est le leitmotiv qui fédère les trois femmes. Les mots sont omniprésents dans le film à travers la plume de Virginia Woof et son roman, entre les mains de Laura. Ils font partie intégrante de l'existence de Clarissa puisque celle-ci est éditrice. Les personnages masculins ne sont pas en reste. Léonard tient une librairie. Richard est poète et renouvelle sans cesse la portée des mots pour les transcender. Tout converge vers la littérature dans le drame de Daldry, véritable hommage au livre qui perdure, malgré les longues années qui séparent les êtres. Le poète, posé en martyr, est également mis à l'honneur. Explorateur de contrées splendides mais également ténébreuses et funèbres, l'écrivain est le messager célébrant la vie et l'amour. Clarissa pose ses lèvres sur celles de Sally. Le baiser n'est pas seulement la recherche d'un souffle vital comme le furent ceux de Virginia (avec sa soeur) et de Laura (avec sa voisine) mais il est l'expression d'un amour unissant deux femmes bercées par le chant d'un Eros désormais bienveillant.

the_hours_42the_hours_31Julianne Moore, Nicole Kidman et Meryl Streep excellent dans leur interprétation. Mais les hommes, dont la présence est moindre à l'écran et nulle sur l'affiche, font pâle figure. Ed Harris (Richard) se fourvoie dans le jeu outrancier du malade, affublé de sa robe de chambre, coiffé de son bonnet et complètement amorphe. Mais le drame conserve son intensité grâce, entre autres, à la musique captivante de Philip Glass, en harmonie avec les très belles images métaphoriques du film référencé de  Daldry où la littérature épouse magnifiquement le septième art.

Sortie : mars 2003
D'après le roman de Michael Cunningham, The Hours
Distribution : Nicole Kidman, Meryl Streep, Julianne Moore, Ed Harris, Toni Colette, Claire Danes, Jeff Daniels
Réalisation : Stephen Daldry
Scénario : David Hare
Photographie : Seamus McGarvey
Musique : Philip Glass
Production : Scott Rudin / Robert Fox
Genre : Drame
Durée : 114 minutes

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jeudi 10 août 2006

ECSTASY IN BERLIN - 1926

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Berlin. Les années vingt. Une superbe blonde se shoote. S'ouvre alors à elle un univers de fantasmes érotiques combinant lesbianisme et fétichisme...





L'histoire d'une fessée...

De la beauté, de l'élégance, de l'esthétisme.  Voilà ce qui parvient à se dégager des images en noir et blanc, à la lumière soigneusement travaillée. Le couple de tribades s'adonne aux joies du fétichisme dans le film, in extenso et s'enferme dans un profond silence. Exercice de style, le long métrage de Maria Beatty ne comporte aucun échange verbal. Seule une musique (du jazz) accompagne les ébats des deux lesbiennes.  Les premières minutes paraissent prometteuses : la joue de la belle plante blonde est maculée de son propre rouge à lèvres marquant ainsi le début de ses pérégrinations dans l'érotisme... mais aussi les prémices d'un ennui abyssal.

Je te fouette, tu me fouettes par la barbichette...

Ça se ligote, ça se tripote et ça se lichotte. Ah oui, et puis il y a ces fouets récurrents puisqu'il s'agit d'un film sur le fétichisme mais récurrents puisqu'on finit par en avoir une overdose. Tiens! Vlan! Prends ce coup droit puis ce magnifique revers. Attends ! Tu n'as pas encore vu ma superbe spirale de coups de fouet. Faisons donc lui honneur et regardons. Car il faut bien reconnaître que l'actrice qui tenait le rôle de la dominante a dû bien s'échauffer les poignets pour être au top de sa performance... Flageller, c'est éreintant ; rester assis à regarder ce film, c'est usant. Creux, vide, fade, le long métrage de Maria Beatty se clôt sur lui-même tel un chat qui se mord la queue. Certes, les lesbiennes ne sont pas en reste du fétichisme et manient le fouet avec dextérité. Et puis après? La brune fait tournoyer son accessoire dans les airs, le fait atterrir sur les fesses de sa compagne et plane vers le septième ciel tandis que le film, lui, ne brasse finalement que du vent et ne décolle ... jamais.

Sans doute l'extase pour la brune et  la blonde pulpeuses ainsi que pour la réalisatrice, assurément la vacuité soporeuse pour le spectateur, malheureusement resté étranger à leur trip cinématographique...


Sortie : octobre 2005 (à l'occasion du 11ème Festival de Films Gays et Lesbiens)
Distribution : Sonya Sovereign, Paula Rosengarthen

Réalisation : Maria Beatty
Musique : Nick Holmes
Genre : Erotique
Durée : 45 minutes

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mercredi 9 août 2006

L' AUBERGE ESPAGNOLE

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Xavier, vingt-cinq ans, est un étudiant en économie. Afin d'améliorer son espagnol, il participe au programme d'échange universitaire européen (ERASMUS) et décide de s'envoler à Barcelone pour y effectuer son DEA.





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Récit d'un voyage initiatique

Xavier est un jeune homme un peu déboussolé car il se trouve au carrefour de l'adolescence et de l'âge adulte. En quête d'identité, le personnage principal de L'Auberge espagnole part non seulement pour mieux maîtriser la langue de Cervantes mais surtout pour y vivre une expérience le menant vers une maturité. Aux pérégrinations dans les rues de Barcelone correspondent celles du spectateur dans l'âme un peu paumé d'un adulte en devenir. Mais avant la grande aventure : les sempiternels préparatifs.  Très bien documenté, le film de Klapisch met en scène la confrontation de l'étudiant aux rouages de l'administration universitaire. Xavier est traîné de bureau en bureau et doit joindre à son dossier ERASMUS mille et une pièces... Le départ semble loin mais il finit par avoir bien lieu. Au programme : la vie entre colocataires venus de part et d'autre de l'Europe, la rencontre avec des jeunes mariés français et une liaison amoureuse, le tout accompagné de la voix off de l'étudiant, expression de son égarement.


Un patchwork richement diapré

l_auberge_espagnole_groupeLe film convie à un séjour hyper-chaleureux, chez des étudiants venus d'ici et d'ailleurs et dans une Barcelone très vivante. Et bienheureux est le voyageur puisque tout n'y est pas noir et blanc. Le réalisateur propose une carte postale aux couleurs chatoyantes et variées à travers les différentes nationalités des étudiants de L'Auberge espagnole. Ces derniers partagent un appartement dans une jolie petite pagaille, écho au désordre intérieur de Xavier en proie à une tristesse suggérée par une sublime chanson de Radiohead (No surprises). Les personnalités sont très disparates : Wendy, l'Anglaise, est la femme névrosée, atteinte d'un syndrome aigu du plumeau tandis qu'Alessandro, l'Italien, est le gars cradingue, grand méconnaisseur du rangement et de la propreté. l_auberge_espagnole_c_cile_de_france_et_romain_durisEntre les deux extrêmes, les autres qui viennent aider Wendy de temps à autre, histoire de participer un peu (mais vraiment juste un peu) aux tâches ménagères. Sans oublier Isabelle, la lesbienne venue de Belgique, cohabitant avec la bande d'étudiants hétéros. Elle aussi contribue à la luxuriance de ce microcosme dynamique. La preuve : elle donne des cours de caresses à Xavier et offre de nombreux instants inénarrables. Et il reste évidemment la tête à claques. Le mari d'Anne-Sophie en est un parfait stérétotype. Attention, l'homme n'est pas seul puisqu'il rivalise avec le frère de Wendy, prénommé William et dont la bouche est toujours prête à l'emploi pour lâcher des propos affligeants...

Une auberge au menu alléchant

l_auberge_espagnole_audrey_tautou_et_romain_duris1Un aller simple n'est pas de refus pour cette comédie débordante d'ingéniosité. Le collage du début du film, suggérant le caractère infini des démarches admnistratives,l_auberge_espagnole_t_tes___travers_la_porte_entrouverte2 illustre à  merveille la créativité dont fait preuve le cinéaste. Idem pour le recours au split screen au moment où Alistaire débarque à l'improviste alors que sa petite amie, Wendy, le trompe allègrement avec un Américain. Le casting est de première classe pour ce superbe voyage. Cécile de France, Kelly Reilly, Audrey Tautou et Romain Duris assurent brillamment la relève des acteurs européens. Judith Godrèche entre parfaitement dans la peau d'Anne-Sophie, personnage timoré et ultra-coincé. Que du beau monde à Barcelone et dans le petit appartement du propriétaire à qui l'on demanderait bien de faire un p'tit tour.

L'odyssée tient parfaitement ses promesses de moments jubilatoires à travers un univers joliment diversifié.

Sortie : juin 2002
Distribution : Romain Duris, Judith Godrèche, Audrey Tautou, Cécile de France, Kelly Reilly, Xavier de Guillebon, Kevin Bishop, Frederico d'Anna, Christian Pagh, Christiana Brondo, Barnaby Metschurat, Olivier Raynal, Iddo Goldberg
Réalisation : Cédric Klapisch
Scénario : Cédric Klapisch
Photographie : Dominique Colin
Musique : Loïc Dury, Daft Punk, Radiohead 
Production : Ce Qui Me Meut Motion Picture / Mate
Genre : Comédie
Durée : 120 minutes

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mardi 8 août 2006

MEMENTO MORI

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Dans un lycée coréen, une jeune fille, Minh-Ah, découvre le journal intime de deux amoureuses et pénètre peu à peu dans leur intimité. D'abord amusante, la lecture du livre secret devient captivante. Habitée par la curiosité, la lycéenne décide de suivre les traces du couple lesbien puis perce, au fil de ses étranges pérégrinations, une révélation bouleversant son univers d'adolescente.
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Et le Verbe fut...

L'on raconte que l'expression Memento Mori (signifiant littéralement Souviens-toi de la mort) était prononcée dans les rues romaines, à l'occasion du retour triomphal d'un général. Les deux mots visaient à rappeler à l'être victorieux l'existence d'une roue de la fortune, prête à acheminer ce dernier vers la mort malgré son exploit guerrier. Plus tard, cette pensée fut reprise par le christianisme pour exprimer la vanité de l'homme et donna naissance à un genre pictural, trouvant l'un de ses représentants en la personne de Hans Holbein. Et quelques siècles plus tard, l'expression fut encapsulée à l'aide d'une plume, dans le journal intime de deux Coréennes : Hyo-Shin et Shi-Eun.
memento_mori_couple_allong_Garni d'une pléthore de photographies, de coeurs fléchés, de fenêtres, de tirettes, de cocottes, d'anamorphoses et riche en couleurs acidulées, leur livre est l'objet sur lequel se focalise la caméra de Kim Tae-Yong et de Min Kyu-Dong. Il contient non seulement les confessions de l'adolescence mais renferme également les secrets des deux homosexuelles qui, évidemment, doivent taire leur amour sous peine d'être conspuées par leurs compagnes d'étude. memento_mori_muettesLe journal est un objet phare du drame. Il est tout d'abord la métaphore de l'amour des deux jeunes filles. Elles y couchent par écrit leurs pensées, leurs sentiments et conjuguent sur les pages colorées les verbes aimer, sentir et embrasser.

Outre cette fonction métaphorique, le journal a pour but de suggérer le topos suivant : l'univers est un livre énigmatique. Les gros plans sur les yeux des personnages étayent constamment cette pensée. L'oeil ouvert évoque un rite d'initiation aboutissant à la connaissance du fameux Memento mori.

memeno_mori_allong_e_jauneMais, comme tout cheminement initiatique, celui-ci n'est pas exempt de blessures. Min-Ah en fait malheureusement l'expérience à ses dépens. De ses yeux avides, elle parcourt le journal qui l'entraîne dans un monde semblable à celui d'Alice, personnage de Lewis Caroll. Tandis que la première lisait une inscription lui prescrivant un remède (un simple bonbon), la seconde découvrait une bouteille accompagnée d'une petite étiquette lui ordonnant de s'abreuver d'un liquide magique. Min-Ah suit ensuite les deux homosexuelles en filature telle Alice qui courait après le lapin blanc. C'est alors qu'elle s'introduit, non pas dans un monde souterrain, mais dans les couloirs, les alcôves et sur le toit d'une école où elle se trouve confrontée à un Verbe autant pessimiste qu'éclaireur : Memento mori. La mort est latente en chaque être mais le vécu, l'amour et l'euphorie doivent la précéder.

La Ballade de la geôle coréenne           
             memento_mori_hyo_shin                                                 

Le drame se déroule dans un lycée, lieu d'apprentissages théoriques mais aussi de découvertes sensorielles étant donné l'âge pubère des élèves. Le long métrage convie à un voyage où sont, tour à tour, explorés le goût, l'odorat, le toucher, l'ouïe et la vue. Hyo-Shin et Shi-Eun explorent une relation saphique avec la candeur de l'adolescencememento_mori_ecoute1.


Mais les lycéennes ne vivent pas dans un univers édénique et, loin de s'épanouir, celles-ci sont enfermées dans une geôle où l'atmopshère est infestée par un passé macabre comme le dénote l'incipit du film correspondant à une sinistre ballade (Le premier jour, une fille est morte la tête vidée. Elle s'était peut-être souvenue de la vérité. Le deuxième jour, une fille est morte les jambes mutilées. Elle s'était peut-être rapprochée de la vérité. Le troisième jour, une fille est morte les oreilles coupées. Elle avait peut-être entendu la vérité, etc.).

memento_mori_groupe_de_fillesLe quotidien des élèves est certes traversé par des moments comiques, mièvres et réjouissants mais il se résume le plus souvent à des niaiseries, rosseries et turpitudes en tout genre. Prisonnières d'un conformisme, elles tentent de se mouvoir dans un monde clos mais surtout à la béance flagrante et vertigineuse. Les adultes ne sont que des référents de pacotille. M. Goh n'est qu'un professeur pitoyable, noyant comme une larve son chagrin dans l'alcool. L'une de ses élèves, Ji-Won, lui reproche son manque de cohérence et de franchise. Rien à espérer non plus du côté du prof de bio larguant des inepties pachydermiques à son auditoire féminin à propos du spermatozoïde (Pour cette cellule reproductrice mâle, l'important, c'est pas de bien vivre, mais de bien mourir). Agnès, personnage moliéresque de L'Ecole des Femmes était autant informée, cloîtrée dans son couvent, que les lycéennes coréennes en matière de sexualité... L'univers des jeunes filles est lacunaire : Il n'y a personne, il n'y a n'importe qui, selon Hyo-Shin, ajoutant La vérité est mensonge. Le mensonge est vérité. C'est avec une parfaite et cruelle clarté que ce chiasme grammatical signifie le désarroi et l'emprisonnement des adolescentes dont la plupart est condamnée à l'état de chrysalide. La preuve : Hyo-Shin prend son envol mais s'écrase aussitôt, au moment même où l'un des professeurs mesure les lycéennes parvenues à l'apogée ou plutôt au commencement du déclin de leur croissance...

A l'ombre des jeunes filles en pleurs

memento_mori_couple_idemHyo-Shin et Shi-Eun sont en pleine découverte de la sexualité. Volupté, magnétisme et frêle beauté sont omniprésents dans le film comme dans celui de Sofia Coppola (Virgin Suicides). Le front doux et lisse, les deux amoureuses croient en l'amour ad vitam aeternam. Elles vivent leur relation sur les cimes, sur le toit du lycée, savourant l'atmosphère comme une liqueur divine, dans le bleu cristal d'une journée en apparence bien calme. Mais, à l'image de la narration éclatée, leur passion saphique vole en éclats. Le couple est hélas torturé par l'intolérance de tout l'établissement, reflet d'une société qui ne cultive que standardisation et rejet envers tous ceux et celles qui s'y soustraient. Les camarades de classe sont coupables. Elles ont beau lavé et relavé leurs mains pour effacer de leur conscience leur faute, leur mépris à l'égard de l'homosexualité ou leur lâcheté face à l'exclusion. Mais leurs ablutions sont vaines de même que le furent celles de Lady Macbeth. Comme dans une chasse aux sorcières, les lycéennes ont vilipendé les amoureuses et ont été les horribles bâtisseuses du sarcophage de Hyo-Shin. Le bonheur homosexuel n'est qu'une immense utopie et l'union de deux êtres saphiques ne peut qu'engendrer une apocalypse. Les lesbiennes ne sont considérées que comme des réprouvées. shy_eun1Leur amour ne peut survivre aux anathèmes et se déchire à l'instar des pages fragiles d'un journal qui, tel un grimoire, détend des formules enchanteresses mais aussi de très lourds secrets. La rupture ne se consomme pas dans le mutisme : le chaos triomphe dans le lycée au cours d'un dénouement rappelant Carrie au bal du diable (Brian de Palma). Puis le retour au calme avec un magnifique plan final.

Memento mori est un drame sublime, doux-amer et où les êtres sont toujours confrontés à leur fragilité. Cette condition chétive confère au film finesse et sensibilité. Maintes récompenses ont été décernées au long métrage de Kim Tae-Yong et de Min Kyu-Dong. Les rôles étaient interprétés par des actrices amatrices qui ont donné leurs lettres de noblesse aux films mettant en scène l'univers des adolescent(e)s.


Sortie : mai 2002
Distribution : Park Yeh-Jin, Lee Young-Jin, Kim Min-Sun, Kim Min-Hee, Gong Hyo-Jin, Paik Jong-Hak
Réalisateurs : Kim Tae-Yong et Min Kyu-Dong
Scénario : Kim Tae-Yong et Min Kyu-Dong
Photographie : Kim Yoon-Soo
Musique : Cho Sung-Woo
Production : Lee Choon-Yun
Genre : Drame
Durée : 95 minutes

                                                
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lundi 7 août 2006

8 FEMMES

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affiche_huit_femmes3Un an après Sous le Sable, François Ozon a encore conquis les spectateurs et la critique avec 8 Femmes, film librement adapté d'une pièce de Robert Thomas et exclusivement interprété par la gent féminine.

Dans les années cinquante, à la veille de Noël, un drame éclate dans une maison bourgeoise coupée du monde par la neige : Marcel, le maître céans des lieux, a été découvert mort, poignardé dans le dos. Un climat de suspicion envahit alors la demeure où sont réunies huit femmes, toutes liées à Marcel et parmi lesquelles se trouve la coupable...


Un film hybride à l'image de la diversité féminine
 
Le film de François Ozon présente un panthéon de femmes diaboliques, fallacieuses et vénales. Les personnages pourraient bien avoir quelque parenté avec les tueuses bibliques les plus illustres telles que Dalila, Jézabel ou encore Hérodias. Rien  d'étonnant à ce que Marcel ait sombré dans une profonde prostration en compagnie de cette terrible engeance féminine. De la plus jeune à la plus âgée, toutes sont dévorées par une perversité qui atteint des sommets hors pair.8_femmes_suzon3

Casting exceptionnel pour 8 Femmes de François Ozon. A l'affiche se trouve un florilège de comédiennes françaises : Fanny Ardant, Emmanuel Béart, Danielle Darrieux, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Virginie Ledoyen, Firmine Richard et Ludivine Sagnier. Toutes se donnent la réplique dans un film inspiré de Women de George Cukor. Les personnages s'agitent au cours d'une intrigue similaire à celle des Dix petits Nègres d'Agatha Christie ou dans la version chic d'un cluedo. Un meurtre, des mobiles, des révélations en cascade et huit femmes, toutes susceptibles d'être coupables. Le suspense est alléchant dans un film où les arts se croisent en permanence. Tour à tour, les actrices interprètent une chanson accompagnée d'une chorégraphie dévoilant leur personnalité. Musique, danse, comédie policière, drame y sont habilement 8_femmes_chanel4entremêlés et suggèrent une certaine hybridité traduisant le caractère insaisissable de la femme. Qu'elle soit maternelle, enfant, séductrice, féline, rebelle ou acariâtre, celle-ci y est incarnée à tous les âges par des ambassadrices de charme. Sa diversité transparaît dès le générique d'ouverture où se succède une série de fleurs représentant les personnages. Elle est également reflétée par les costumes des actrices et le décor de la maison, lesquels confèrent à 8 Femmes un aspect bigarré. Les personnages, très différents les uns des autres, expriment sans conteste la multiplicité de la femme mais tous se ressemblent : le caractère démoniaque s'avère leur dénominateur commun.affiche_huit_femmes_81 


Le panthéon des femmes diaboliques      

Faisons honneur à la jeunesse et commençons par Catherine, la petite dernière. Fraîcheur et candeur semblent ressortir de son visage mais son oeil brille d'espièglerie et de méchanceté. C'est donc ironiquement qu'elle porte le doux prénom de Catherine qui signifie pure. Son aînée Suzon s'affiche comme une jeune fille pleine de bonnes manières mais elle cache un lourd secret derrière sa tenue rose bonbon. Gaby, leur mère, est loin d'être le parangon de l'épouse fidèle tandis que leur tante Augustine vit dans une indigence affective et passe son temps à cracher son flot de sarcasmes sur la famille. Malgré son âge avancé, la grand-mère de Catherine et de Suzon se montre complètement étrangère à la sagesse et préfère endosser le rôle ridicule d'un personnage moliéresque (Harpagon dans L'Avare). La soeur de Marcel, Pierrette, ne rehausse en rien ce monde féminin ; elle côtoie le vice en promenant sans pudeur ses plus beaux atours dans les cabarets et dans la rue. Attardons-nous à présent sur les servantes. Dévouée et attentionnée, Chanel est appréciée pour ses services mais une ombre vient ternir ce portrait élogieux. Louise, la femme de chambre récemment engagée, honore très bien sa profession mais elle va bien au-delà de sa tâche, consciente des effets foudroyants que produit sa tenue ancillaire...huit_femmes_e._beart

Un univers féminin, triomphe de la beauté et de la volupté   
                     
             
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L'homme est peu présent dans 8 Femmes. Marcel, unique personnage masculin brille par son absence. Tout au long du film, il demeure enfermé dans sa chambre. son portrait n'est guère flatteur. Trahi et exploité, il n'est q'un loser pour Augustine, une vache à lait aux yeux de Pierrette. C'est donc la prééminence d'un univers féminin que le film fait émerger dans une demeure apparentée dès lors à un gynécée. Les actrices baignent certes dans une atmosphère caractérisée par une pugnacité et une pléthore d'invectives mais la grâce et la volupté parviennent à affleurer pour être mises à l'honneur. La danse en est la plus belle expression. Omniprésente dans le film, elle n'est pas sans rappeler une certaine danse macabre où la Mort se met en scène et tournoie avant d'accomplir ses funestes desseins. Costumes élégants, galbes séduisants, glamour et prestance illustrent à merveille la beauté et la volupté. Ces dernières émergent lors d'une scène où les joutes verbales et les coups de pieds s'éclipsent pour laisser place à des caresses saphiques où les mains féminines rompent enfin avec la violence pour épouser la réconciliation. Et lors du dénouement, les propos acerbes s'amenuisent pour laisser place à un chant final aragonien, triste et apaisant. Ainsi, si les femmes pataugent dans les enfers, il n'en demeure pas moins qu'elles dardent de splendeur.

Huit femmes et autant d'outrages à la vertu... La probité n'est pas l'apanage des personnages du film mais la pléiade des actrices françaises fait de ce dernier un joyau diamantifère où la dureté a triomphé de la pureté en laissant toutefois une place à la fragilité. Au final, une huitième merveille du monde.   

Sortie : février 2002
D'après la pièce de Robert Thomas
Distribution : Fanny Ardant, Emmanuel Béart, Danielle Darrieux, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert, Virginie Ledoyen, Firmine Richard et Ludivine Sagnier
Réalisation : François Ozon
Scénario : François Ozon et Marina de Van
Photographie : Jeanne Lapoirie
Production : Fidélité Productions / France 2 Cinéma / Mars Films
Genre : Drame policier
Durée : 103 minutes

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dimanche 6 août 2006

MULHOLLAND DRIVE

cinq

mulholland_driveEn plein milieu de la nuit, une limousine arpente les hauteurs de la cité des Anges. A l'intérieur : deux messieurs et une femme fatale à la chevelure brune et au regard ravageur (Laura Elena Harring). Le voyage semble s'achever prématurément pour la belle, dans la ligne de mire d'une arme à feu quand soudain, une voiture percute de plein fouet la limousine. L'accident fortuit tue les deux hommes mais sauve la femme. Egarée, celle-ci  parvient finalement à trouver refuge à l'intérieur d'une maison nantie, laquelle a été préparée pour accueillir Betty (Naomi Watts), jeune actrice venue s'inscrire dans le sillage des plus grandes étoiles hollywoodiennes. Celle-ci aidera son hôtesse au regard désorienté à combler les vides de sa mémoire, causés par l'accident.      

Hollywood, patrie du dollar et des stars        mulholland_drive_betty

Très suggestif, le titre annonce un voyage dans l'univers hollywoodien, lieu mythique du cinéma par excellence. Strass, paillettes et glamour sont au menu du long métrage lynchéen. Le nom d'Hollywood suffit pleinement à faire rêver, éblouir et fantasmer. Comme il est beau de se laisser hypnotiser par cette myriade d'étoiles concentrées en cet endroit qui, au début du siècle précédent ne fut qu'un modeste village abritant une centaine d'âmes. Le sourire béat et figé, les compagnons de voyage de Betty expriment tout ce que véhicule l'usine à rêves la plus célèbre au monde. Idem pour la jeune actrice fraîchement arrivée et dont les valises sont pleines à craquer de candeur, d'espoir et de rêves de gloire. Le prénom d'adoption de Camilla, emprunté à Rita Hayworth, évoque aussi la fameuse sphère de l'industrie cinématographique.

Mais les fastes hollywoodiens ne constituent qu'une façade. Adam Kesher, réalisateur incarné par Justin Theroux, en a bien conscience car monsieur le cinéaste est sommé de ranger son avis au placard à propos du choix de la distribution de son propre film. Ainsi, si les constellations étincellent surperbement, c'est pour mieux camoufler le mépris de la création et du génie artistiques. Derrière le décor en carton-pâte se cachent de viles altercations et estocades en tout genre. Hollywood est certes une usine à rêves mais elle est avant tout une usine.

De l'autre côté du miroir      

De même que tout ce qui brille n'est pas or, tout ce que l'on voit n'est pas réel. Lynch n'a de cesse de le suggérer à travers son thriller fantastique en jouant avec virtuosité sur la mise en abyme du cinéma. Ce dernier n'est que trompe-l'oeil, imposture et prestidigitation. Trois p'tits tours de passe-passe, des décors plus vrais que vrais, des musiques en play-back, des perruques... Silencio! Que le spectacle commence! L'univers factice et insaisissable du septième art transparaît via l'aspect dédaléen du film. Envoûtant, ce dernier semble drapé d'un voile de mystère qui, jamais, ne devient diaphane. Le long métrage constitue un labyrinthe dont l'issue nous échappe mais c'est d'une main de maître qu'il a été conçu : le désordre y est subtilement organisé.

Lynch met également en exergue le caractère évanescent des êtres à travers son film construit en deux parties, lesquelles présentent les personnages féminins sous leur double aspect. Candeur et innocence s'affichent sur le visage de Betty mais jalousie et noirceur ne demeurent jamais très loin. L'interprétation par Naomi Watts du rôle de Diana, femme tombée dans la déchéance, en est une parfaite illustration.

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Et l'on se laisse attendrir et duper par le regard hagard et éperdu de Rita alias Camilla, beauté aussi ténébreuse que venimeuse. Mulholland Drive souligne le caractère fluctuant des êtres qui toujours nous échappe. mulholland_drive_baiser1

      


The L Hollywood

Mulholland Drive met également en scène une histoire d’amour entre Betty, la jeune actrice accorte et Rita, la beauté amnésique. Qu’en est-il de cette relation ? Sert-elle à illustrer le narcissisme des actrices ? mulholland_drive_rita_et_betty6Sans doute. Toujours est-il qu’elle accentue la dimension ensorcelante du thriller fantastique de Lynch. Dans l’univers hollywoodien gangrené par le profit, les regards des deux parangons de beauté se croisent, les mains s’effleurent et les corps se rencontrent dans une lumière feutrée, à l’image du film mi-opaque, mi-limpide. 

mulholland_drive_regards1Bien qu’il ait démontré l'aspect factice du spectacle en démontant les rouages de ce dernier, la magie et l'intérêt n'en sont pas pour autant déflorés. Le réalisateur parvient à nous charmer avec son film énigmatique et sensuel grâce à la présence de Naomi Watts et de Laura Elena Harring. Les deux actrices créent une atmosphère capiteuse à travers leur relation saphique, majestueusement filmée. Le réalisateur a été auréolé du Prix de la Mise en Scène lors de la 54 ème édition du Festival de Cannes. L’on peut également lui rendre hommage précisément pour avoir réalisé une scène d’amour homosexuelle d’une élégance et d’un érotisme mémorables.


Sortie : novembre 2001
Distribution : Laura Elena Harring, Naomi Watts, Ann Miller, Justin Theroux, Michael J. Anderson, Robert Forster
Réalisation : David Lynch
Scénario : David Lynch
Photographie : Peter Deming
Musique : Angelo Badalamenti
Production : David Lynch
Genre : Drame
Durée : 146 minutes

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samedi 5 août 2006

PARAGRAPHE 175

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Tout le monde connaît à présent le sort effroyable que les nazis ont infligé à des millions de Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale. En revanche, moins nombreux sont ceux qui sont au courant des persécutions dont les homosexuels ont été victimes durant cette même période car ce sujet a longtemps été passé sous silence. Mais Rob Epstein et Jeffrey Friedman, auteurs de Celluloïd Closet ont rompu avec ce mutisme dans Paragraphe 175, excellent documentaire commenté par Rupert Everett et qui rassemble des archives et des témoignages poignants d'homosexuels brisés par l'intolérance hitlérienne.


Berlin, paradis perdu des homosexuels sous le IIIème Reich

paragraphe_175_c3Les survivants Karl Gorath, Pierre Seel, Heinz F., Annette Eick, Albrecht Becker, Gad Beck, Heinz Dörmer, autrefois enfermés dans l'anonymat le plus complet, témoignent de leur vie homosexuelle durant le régime nazi. Ils évoquent tout d'abord le Berlin des années 20, alors considéré comme la capitale des homosexuels. paragraphe_175_a2Les couples gays et lesbiens s'affichent sans crainte dans la ville, à l'intérieur de ses bars, de ses cafés et de ses dancings où règne un climat d'insouciance. Ils se croient à l'abri du danger car, hormis Gad et Annette, tous sont Allemands et puis le dirigeant des SA, Röhm, est lui-même homosexuel et fait partie de l'entourage d'Hitler.

Mais, en 1934, tout bascule. Röhm est assassiné. Sa disparition met un terme à l'insouciance des milieux homosexuels. La répression s'organise. Berlin, le paradis des homosexuels se transforme alors pour eux en capitale de la douleur. En 1935, malgré des mouvements protestaires conduits sous l'égide du sexologue Magnus Hirschfeld, le paragraphe 175 du code pénal (existant depuis 1871) est rigoureusement appliqué. Désormais, c'est avec une fermeté implacable qu'il sanctionne, sous peine d'emprisonnement, les hommes qui s'adonnent entre eux à des actes de débauche contre nature. Les lesbiennes en sont épargnées car le saphisme n'est pas considéré comme une épidémie mais la venue d' Hitler au pouvoir sonne le glas de leur vie sociale et s'avère une épée de Damoclès extrêmement tranchante pour les homosexuels. Créée dès 1933 par la Gestapo, la cellule spéciale destinée à lutter contre l'homosexualité masculine déploie tout son zèle pour arrêter et persécuter tous les hommes soupçonnés d'avoir une préférence pour les êtres du même sexe.

Lumière sur une page noire de l'histoire enfouie dans l'oubli

Rongé par le désir meurtrier d'exécuter le projet décrit dans Mein Kampf, Hitler cherche avant tout à purifier son pays. Il veut se débarrasser de ceux qui ne sont pas des frères de race c'est-à-dire les Juifs principalement. Mais ses desseins ne s'arrêtent pas là. Hitler décide également d'éliminer les homosexuels alors perçus comme une menace pour le sang allemand et comme un groupe d'êtres asociaux. paragraphe_175Le chancelier envoie un certain nombre d'entre eux dans des camps. Déshumanisés, tous les déportés sont contraints à porter un triangle dont le sommet est pointé vers le bas. Rose était la couleur de celui des homosexuels, lesquels occupaient le bas de l'échelle dans la hiérarchie des camps.

Peu d'homosexuels ont connu les chambres de la mort mais parmi les 100 000 qui ont été arrêtés, dix à quinze mille ont été emprisonnés dans des camps où ils étaient plongés dans la douleur et l'opprobre, astreints à des travaux pénibles et victimes de brimades, de tortures, de castrations ainsi que d'expérimentations médicales. Mais, à la différence des Juifs, aucun d'entre eux n'a été jusqu'à présent reconnu comme victime du régime nazi. Pire, tous gardent le statut de criminel que leur a imposé le régime hitlérien... Si de nombreuses personnes ont oublié cette sombre période de l'histoire de la déportation, les témoins de Paragraphe 175, eux, s'en souviennent encore et prennent la parole pour rappeler les faits et les mettre au grand jour après un long silence éloquent.                              

Des  histoires d'amour et des êtres déchirés par le nazisme et l'homophobie   

image_paragraphe1751Condamnés à l'oubli pendant plus d'une cinquantaine d'années, ce n'est pas sans douleur que les survivants s'expriment dans Paragraphe 175. Les témoins, très âgés et apathiques, sont parvenus à trouver le courage et la force pour réveiller les souvenirs lointains et douloureux de leur lourd passé. Mais ce n'est pas tout. Albrecht et les autres font également ressurgir de leur mémoire l'image de leurs amoureux à qui ils consacrent une place importante dans leur témoignage. Car l'amour et la haine nazie sont étroitement entremêlés dans ce documentaire, ce qui lui confère ainsi toute sa force. Albrecht, vieil homme de faible complexion, exulte lorsqu'il évoque son ancien amant au torse glabre. Le sourire s'inscrit sur son visage au moment où il fait allusion à son ami new-yorkais tandis que le visage de Gad Beck s'illumine lorsqu'il se remémore sa première relation amoureuse avec un professeur de sport. Heinz Dörmer n'oublie pas non plus ses anciennes histoires d'amour vécues parmi les scouts, lesquels ont dû céder leur place aux jeunesses hitlériennes venues, selon son expression, avec leurs coups-de-poing américains.

Lors de la seconde partie du documentaire, les survivants deviennent perclus de douleur. Leur visage se ferme et la souffrance se lit dans leur regard quand ils évoquent les fantômes du IIIème Reich. Leur voix tremble lorsqu'ils parlent de la perte de leurs proches et prononcent les noms des camps tristement célèbres : Dachau, Buchenwald, Mathausen, Auschwitz. Paragraphe 175 se clôt sur le témoignage bouleversant de Heinz F, nonagénaire condamné à rester muet dans sa thébaïde comme les autres survivants, car à quel saint se vouer lorsque l'on est homosexuel, vivant de surcroît sous le régime hitlérien?... La souffrance gagne le vieil homme car parler du passé constitue paragraphe_175_b2bien plus qu'une épreuve pour cet homme qui a été emprisonné plus de huit ans dans des camps. Les témoignages de ce documentaire se révèlent d'une extrême violence : l'amour y jouxte en permanence le summum de la haine, l'horreur du IIIème Reich, période où, selon l'expression résolument juste de Malraux, l'homme rivalisa avec l'enfer et donna des leçons au diable.

En 2000, Paragraphe 175 a été récompensé lors du Festival de Berlin où il a obtenu l'Ours d'or du Documentaire. Le Festival du Film Indépendant de Sundance a également bien accueilli le film de Rob Epstein et de Jeffrey Friedman en leur décernant le Prix du Meilleur Réalisateur de Documentaire. Tous deux ont eu le mérite d'extraire de l'oubli une page sombre de l'histoire grâce aux témoignages de quelques survivants qui ont eu le courage de s'exprimer après de très longues années de silence. Malheureusement, le statut de victime du régime nazi ne leur a toujours pas été accordé car, si le IIIème Reich a disparu, l'homophobie est bel et bien présente dans notre société où la dignité des homosexuels est encore trop souvent bafouée.

Sortie : novembre 2001
Réalisation : Rob Epstein et Jeffrey Friedman
Narration : Rupert Everett
Production : FilmFour Ltd., Cinémax, HBO theatrical documentary, Telling pictures, Zero Films
Photographie : Bernd Meiners
Compositeur : Tibor Szemzö
Genre : Documentaire
Durée : 81 minutes
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vendredi 4 août 2006

LES BLESSURES ASSASSINES

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affiche_les_blessures_assassinesDébut des années trente, Le Mans est marqué par un fait divers macabre : deux servantes tuent sauvagement la maîtresse de maison ainsi que sa fille. Plus connu sous la fameuse affaire Papin, ce forfait empli de mystères a fasciné de nombreux artistes, des cinéastes (comme Chabrol, réalisateur du film La Cérémonie) et des écrivains dont Genet, auteur de la pièce de théâtre intitulée Les Bonnes. Mais le réalisateur du long métrage, Les Blessures assassines, a adapté son film non pas du livre de Genet mais de celui de Paulette Houdyer, lequel ne retient pas le désir de vengeance sociale comme mobile du meurtre à la différence du véritable procès. Retour sur les origines d'un crime atroce...les_blessures_assassines_21

Mesdemoiselles sont serviles et mesdames sont servies

Oui, madame. Non, madame. Madame désire t-elle reprendre une tasse de thé ? Au centre de l'univers : la bourgeoisie, sa garde-robe, ses manies et surtout ses ordres. Les deux soeurs, Christine et Léa sont écrasées sous le poids de ces multiples injonctions. Repasser, laver, cirer et astiquer... La vie est rude pour ces filles, réduites qu'à n'être que des bras serviles, exécutant les tâches ménagères de façon quasi machinale. Mais leur âme, certes marquée par des estafilades, n'a pas cessé d'être et cherche un exil dans un grenier miteux comme leur condition sociale. Impossible de tutoyer la bourgeoisie, et encore moins de la vouvoyer car il est de rigueur de ne pas mélanger les serviettes et les torchons. Moins stylisée que dans Gosford Park de Robert Altman, la frontière existe cependant entre les maîtresses et les bonnes, ces silhouettes qui, une fois leur tenue ancillaire revêtue, ne relèvent que du non-être.

Née de bonne, tu deviendras bonne et de bonne, tu deviendras folle
       

les_blessures_assassines_christine_faisant_la_vaisselleAu début du film : un plan sur le personnage de Christine dans sa geôle. Il n'est pas sans rappeler celui de Norman Bates dans le célébrissime Psychose. A la fin de ce long métrage, le propriétaire hitchcokien du sinistre motel était enfermé dans une cellule et restait muet tandis que l'on entendait sa propre voix off. Idem pour Christine. Deux personnages emportés par une folie meurtrière mais des cheminements différents à bien des égards. L'enfance des soeurs Papin n'a pas été rayonnante. Papa est soupçonné de viols, Maman est volage et les filles (Emilia, Christine et Léa) sont élevées chez les bonnes soeurs. La première rejoint ces dernières tandis que les deux autres ne peuvent que suivre les traces de leur mère. Toutes deux sont employées chez les Lancelin en tant que servantes. Ecartées de toute vie sociale, les jeunes filles finissent par s'enfermer et se fourvoient dans la transgression filmée sans ambages. Christine n'a jamais trouvé de l'amour et du réconfort dans le giron maternel. C'est avec sa soeur Léa qu'elle développe une relation homosexuelle et incestueuse. S'amplifie alors la folie...les_blessures_assassines_chambre_de_christine_et_l_a

L'asphyxie en long, en large et en travers

Si Genet a créé une brillante pièce de théâtre à partir de l'affaire Papin, il n'en est pas de même pour Jean-Pierre Denis. Certes, le réalisateur parvient à faire transparaître une atmosphère suffocante mais les moyens mis à contribution sont trop orthodoxes. Les scènes d'intérieur, les dialogues laconiques et peu nombreux, les costumes sombres d'époque créent un resserrement mais ne suffisent pas à capter l'attention. Les Blessures assassines focalise d'abord sur Christine, emprisonnée, puis le film opère un flash-back coïncidant avec la genèse du crime. L'histoire suit alors un mouvement linéaire, s'orientant vers un dénouement tragique. Pas de surprise mais un long métrage excessivement pesant bien que les actrices entrent avec justesse dans la peau de leur personnage macabre.

La fascination qu'a exercée l'affaire Papin se dilue hélas dans le film académique et hésitant. Fiction et/ou documentaire ? Ambitieux, Les Blessures assassines se perd dans un chemin à l'articulation séquentielle bien trop sage et rectiligne.

Sortie: novembre 2000
Distribution : Sylvie Testud, Julie-Marie Parmentier, Isabelle Renauld, François Levantal, Dominique Labourier, Jean-Gabriel Nordmann, Marie Donnio
Réalisation : Jean-Pierre Denis
Scénario : Jean-Pierre Denis
Photographie : Jean-Marc Fabre
Production : Michèle Pétin, Laurent Pétin - ARP / Le Studio Canal +
Genre : Drame
Durée : 94 minutes

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jeudi 3 août 2006

BOYS DON'T CRY

trois_et_demi_coeurs

                                                                                                                              

affiche_de_boys_don_t_cry2Nebraska, début des années quatre-vingt dix. Teena Brandon, jeune femme au look masculin,  souffre d'une crise d'identité sexuelle. Mais c'est sous le nom de Brandon Teena qu'elle choisit de se présenter à Lana dont elle fait la rencontre dans un bar, un soir, à Falls City. Entre les deux femmes naît alors une histoire d'amour. Teena se fait si bien passer pour un garçon que l'entourage de Lana ne se doute de rien jusqu'au jour où éclate la vérité. L'histoire est authentique et la réalisatrice, Kimberley Peirce s'en est emparée pour en faire un drame dont le titre a été emprunté à une sublime chanson du fameux groupe anglo-saxon, The Cure. boys_don_t_cry_bar


Born to be nothing

Washington D.C, New-York, Los Angeles sont très fréquemmment illuminés par les projecteurs mais les trois villes ne couvrent pas la totalité de la superficie des Etats-Unis. A l'ombre du pays du billet vert et des stars hollywoodiennes se trouvent des coins paumés comme Falls City. Les offices de tourisme n'orientent certainement pas les voyageurs dans ce lieu, synonyme de no man's land. Et pourtant, des êtres y résident, condamnés au désoeuvrement. Reste les bastons dans les bars, les rodéos pare-choc, les beuveries et les karaokés misérables, histoire de tromper l'ennui qui finit inexorablement par triompher et se gausser de ces laissés-pour-compte. Lana, Candace, flanqués de leurs amis John et Tom, ex-taulards à la mine franchement peu accorte et à l'allure débraillée croupissent dans ce patelin sordide d'une Amérique profonde et oubliée. La venue de Brandon/Teena dissipe un peu la monotonie du groupe et apporte un nouveau souffle à l'existence de Lana. La jeune fille désillusionnée devient amoureuse de Brandon/Teena. Mais, à part ça, rien de révolutionnaire, ni de miraculeux à Falls City, ville inhospitalière et cloîtrée dans l'indigence. Là, tout n'est qu'est abanbon, brutalité et bestialité.

Teena Brandon versus Brandon Teena

boys_don_t_cry_brandon6boys_don_t_cry_brandon_vs_famille2Chaque matin, le personnage dichotomique de Boys don't cry se livre méticuleusement au même rituel : bandage autour de la poitrine afin de dissimuler cette dernière, rembourrage au niveau de l'entre-cuisses, le tout pour avoir l'air d'un garçon. Et voilà, le tour est joué. Exit Teena et place à Brandon. Ce dernier est certes efflanqué et imberbe mais la métamorphose fonctionne très bien. boys_don_t_cry_violence7Sauf que Teena finit par rattraper Brandon. Impossible de bâtir une existence sur des fabulations. John et Tom, son acolyte éméché se rendent compte qu'ils ont été dupés. L'heure n'est plus au goudron et aux plumes mais l'esprit de lynchage demeure. Les ex-taulards décident d'infliger une correction à Teena/Brandon. La violence atteint alors son paroxysme.


If you want a lover, I'm your (wo)man

Sexe fort, sexe faible, troisième sexe... Pas d'importance pour Lana. La jeune femme se laisse tendrement dupée et se fiche éperdument de savoir à quel genre appartient Teena/Brandon. Car l'essentiel estboys_don_t_cry_couple_lit2 l'authenticité des sentiments que l'une et l'autre partagent. Parfaite symbiose de deux êtres, histoire d'amour intense mais l'entourage ne l'entend pas de cette oreille et piétine à grands coups de sabots la relation entre Lana et Teena/Brandon avec une brutalité démesurée.

Trop explicites, certaines scènes plombent le long métrage tandis que la chronologie, quasi linéaire, suggère certes un dénouement tragique mais confère hélas un rythme ankylosé au drame. Ce dernier est cependant rehaussé par l'excellent jeu des acteurs et actrices. Hilary Swank, heureuse lauréate de la cérémonie des Oscars, endosse habilement le rôle de Teena/Brandon, jeune femme confrontée à sa propre dualité et à l'intolérance des autres dans une Amérique du vingtième siècle, pas si éloignée de notre époque...

Sortie: avril 2000
Distribution : Hilary Swank, Chloë Sevigny, Peter Sargaard, Brendan Sexton Iii, Alison Folland, Alicia Goranson
Réalisation : Kimberley Peirce
Scénario : Kimberley Peirce, Andy Bienen
Photographie : Jim Denault
Musique : Nathan Larsen
Production : Killer Films / Hart-Sharp Entertainment
Genre : Comédie dramatique
Durée : 114 minutes   
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